Origine
Valeriana officinalis L., Valérianacées. La teinture mère part des
organes souterrains, rhizome, racines et stolons, selon la monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques parue en
1998. Titre en éthanol : 55 pour cent en volume, avec une tolérance de 50 à 60 pour cent, et un résidu sec d'au moins 1,0 pour cent en masse.
Un détail que la monographie assume et que peu de fiches signalent : elle autorise la racine
fraîche ou soigneusement séchée. Or les valépotriates, décrits comme très instables par le rapport d'évaluation européen, se trouvent surtout dans la racine fraîche. Deux teintures mères également conformes peuvent donc ne pas avoir le même profil chimique. Si ce point vous importe, demandez l'origine de la drogue, c'est une question légitime.
Ce que dit la réglementation
La monographie européenne de la racine de valériane, adoptée le
2 février 2016, est l'une des rares à porter
deux statuts en même temps.
L'
usage médical bien établi, le niveau le plus élevé, couvre le « soulagement de la tension nerveuse légère et des troubles du sommeil ». Il ne vaut que pour
un extrait sec, rapport drogue sur extrait de 3 à 7,4 pour 1, éthanol de 40 à 70 pour cent, en formes solides orales. Rien d'autre.
L'
usage traditionnel, « pour soulager les symptômes légers du stress mental et favoriser le sommeil », couvre quatorze préparations, dont plusieurs teintures : 1 pour 8 à l'éthanol 60 pour cent, 1 pour 10 à 56 pour cent, 1 pour 5 à 70 pour cent, 1 pour 5 à 60-80 pour cent.
La teinture mère française, à 55 pour cent et à partir de plante fraîche ou sèche, ne correspond à
aucune de ces quatorze préparations. C'est une souche homéopathique, pas une préparation à base de plantes au sens européen. Les indications ci-dessus décrivent donc l'état des connaissances sur la plante, elles ne se reportent pas mécaniquement sur le flacon.
Une plante qui reste réservée à l'officine
La valériane figure en
liste A des plantes médicinales de la Pharmacopée française, partie souterraine. En revanche elle ne fait pas partie des 148 plantes libérées du monopole pharmaceutique par le
décret n° 2008-841 du 22 août 2008, contrairement à la camomille ou à la verveine. Sa vente comme plante médicinale reste réservée aux pharmacies. Ce n'est pas un argument commercial, c'est un fait réglementaire qui explique pourquoi vous ne la trouverez pas en rayon de grande surface au même titre qu'une tisane.
Ce que montrent réellement les essais
Autant le dire clairement, parce que vous le lirez ailleurs présenté autrement. La revue Cochrane consacrée à la valériane dans les troubles anxieux, publiée en
2006, ne reposait que sur un essai de 36 patients et concluait à des données insuffisantes. Elle n'a pas été mise à jour depuis.
Une revue de revues parue en
2024 dans
European Neuropsychopharmacology, portant sur huit revues systématiques, retient un bon profil de tolérance et une amélioration de la qualité du sommeil
ressentie par les patients, sans confirmation par les mesures objectives du sommeil.
Pour le nombre de gouttes, le moment de la prise et les associations possibles, voir
notre page d'usage des teintures mères.
Ce que ce niveau de preuve autorise, en pratique : une cure de deux à quatre semaines sur une gêne récente, chez quelqu'un dont le sommeil s'est dégradé avec une période chargée. Ce qu'il n'autorise pas : remplacer la prise en charge d'une insomnie installée.
Précautions
L'effet ne s'installe pas en une prise, comptez plutôt une à deux semaines de régularité. Un avis médical s'impose si la gêne persiste au-delà de deux semaines de traitement.
La valériane
peut altérer l'aptitude à conduire et à utiliser des machines, c'est écrit en toutes lettres dans la monographie. Usage non recommandé
avant 12 ans, ainsi que pendant la grossesse et l'allaitement, faute de données.
Sur les interactions, la monographie européenne indique « aucune rapportée », et le rapport d'évaluation de 2016 précise que les études cliniques n'ont pas révélé de potentiel d'interaction sur les cytochromes 1A2, 2D6, 2E1 et 3A4. L'incompatibilité avec les benzodiazépines qu'on lit partout ne figure donc pas au dossier européen. Ce qui reste vrai, et c'est le vrai sujet du comptoir : les effets sédatifs
s'additionnent. Si vous prenez déjà un somnifère, un anxiolytique ou un antihistaminique sédatif, signalez-le avant d'ajouter la valériane. À noter, puisque la question revient souvent : l'association valériane et
houblon dispose, elle, de sa propre monographie européenne, en usage bien établi cette fois, pour le soulagement des troubles du sommeil.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une insomnie qui dure
plus de trois semaines ne relève plus de l'automédication. Un réveil précoce accompagné de tristesse, de perte d'intérêt ou d'idées noires oriente vers un trouble de l'humeur et se montre sans attendre. Une somnolence marquée dans la journée, chez quelqu'un qui ronfle ou dont l'entourage rapporte des pauses respiratoires, évoque un syndrome d'apnées : la valériane n'y a pas sa place et retarderait le diagnostic. Enfin, une insomnie apparue après l'introduction d'un médicament se discute avec le prescripteur avant tout ajout.
Sources
Pharmacopée française,
Valeriana officinalis pour préparations homéopathiques, 1998 · ANSM, liste A des plantes médicinales, édition janvier 2021 · Décret n° 2008-841 du 22 août 2008 · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Valeriana officinalis L., radix, 2 février 2016, et rapport d'évaluation associé · Cochrane,
Valerian for anxiety disorders, 2006 · Valente et coll.,
European Neuropsychopharmacology, 2024.