Origine
Humulus lupulus L., Cannabacées. La drogue est le
cône, c'est-à-dire l'inflorescence femelle. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques, millésime
2002, porte d'ailleurs un nom qui dit l'essentiel :
Houblon (cône sec de) pour préparations homéopathiques. La teinture mère part donc du
cône séché, titre
55 pour cent d'éthanol en volume, contrôle entre 50 et 60 pour cent, avec un résidu sec d'au moins 2,0 pour cent en masse. Le liquide est orangé, l'odeur est forte. Identification par chromatographie sur les humulones, les lupulones et le xanthohumol, mais
aucun titrage quantitatif n'est exigé.
Liste A des plantes médicinales, avec deux entrées distinctes : le cône, et le lupulin, qui est la poudre de poils glandulaires. Le houblon fait aussi partie des plantes libérées du monopole pharmaceutique par le décret de 2008.
Ce que dit la réglementation, et une précision qui a son importance
Monographie européenne du cône, révision 1 adoptée le
6 mai 2014, en
usage traditionnel. Indication : « médicament traditionnel à base de plantes pour soulager les symptômes légers du stress mental et pour favoriser le sommeil ». Adultes et adolescents de plus de 12 ans.
Une
teinture est couverte, au 1 pour 5 à l'éthanol 60 pour cent, à raison de 1 à 2 ml jusqu'à trois fois par jour. C'est plutôt une bonne nouvelle pour la forme galénique.
Mais lisez la posologie de près, parce que peu de monde le fait. Dans le détail de la monographie, teinture et extraits liquides ne figurent que sous le volet
stress mental. Le volet
sommeil ne retient que la tisane, la poudre et l'extrait sec. Autrement dit, sur la seule base du texte européen, une teinture de houblon est fondée sur la nervosité, pas sur l'endormissement. La nuance est fine, elle est réelle, et elle explique pourquoi le houblon apparaît si souvent associé à la
valériane dans les produits de sommeil : cette association dispose, elle, de sa propre monographie européenne, en
usage bien établi, adoptée le 25 septembre 2019, pour le soulagement des troubles du sommeil. La façon de répartir la dose entre deux plantes est expliquée sur
notre page d'usage.
Le phyto-œstrogène le plus puissant connu, et ce que l'Europe en fait
C'est le sujet qui fâche, et il mérite d'être traité complètement plutôt qu'à moitié.
Le fait d'abord. Le cône de houblon contient de la
8-prénylnaringénine, à raison de 25 à 60 mg par kilogramme de cône sec. Le rapport d'évaluation européen la décrit comme l'agoniste du récepteur alpha des œstrogènes d'origine végétale le plus puissant identifié à ce jour, dix fois plus puissant que le coumestrol, cent fois plus que la génistéine, et seulement soixante-dix fois moins puissant que l'œstradiol lui-même.
La conséquence réglementaire ensuite, et elle surprend :
ni contre-indication, ni mise en garde. La seule contre-indication de la monographie est l'hypersensibilité. La rubrique des mises en garde ne cite que la limite d'âge, l'aggravation des symptômes et l'étiquetage de l'éthanol. Le rapport se contente de noter que des interactions avec un traitement hormonal substitutif, le tamoxifène ou un inhibiteur de l'aromatase sont
théoriquement possibles.
Notre lecture au comptoir, et nous l'assumons comme telle : la prudence en cas d'antécédent de cancer hormono-dépendant relève du conseil pharmaceutique, pas d'une obligation européenne. Signalez-nous un tel antécédent ou un traitement hormonal, nous en discuterons. Ce n'est pas une interdiction, c'est une conversation qui vaut la peine d'être eue.
Un mot sur l'argument de la bière, qui revient toujours. L'Europe indique que la bière contient jusqu'à 100 microgrammes de 8-prénylnaringénine par litre et que l'activité œstrogénique totale y reste 500 à 1 000 fois inférieure à la concentration nécessaire pour un effet nocif. Aucune donnée officielle n'existe sur la teneur d'une teinture mère :
la comparaison avec la bière n'est donc pas transposable, ni pour rassurer, ni pour inquiéter.
Deux détails que personne ne raconte
Le premier concerne votre intestin. L'exposition réelle à la 8-prénylnaringénine dépend d'une conversion opérée par le
microbiote du côlon à partir de l'isoxanthohumol. Un travail de 2006 a montré que cette conversion peut atteindre 80 pour cent, mais que
8 sujets sur 51 seulement étaient de forts producteurs. Deux personnes qui prennent le même produit ne sont donc pas exposées à la même chose.
Le second concerne le flacon. Le 2-méthyl-3-butén-2-ol, l'un des composés sédatifs du houblon,
augmente au cours du stockage, jusqu'à environ 0,15 pour cent du poids sec après deux ans. Contrairement à l'intuition, le houblon n'est pas une plante qui perd son intérêt en vieillissant sur ce point précis.
Précautions
Grossesse et allaitement : non recommandé. Moins de 12 ans : sécurité non établie. La monographie indique que le houblon
peut altérer l'aptitude à conduire et à utiliser des machines. Aucune interaction n'est rapportée, ce qui n'est pas la même chose qu'une absence d'interaction : les effets sédatifs s'additionnent avec un somnifère, un anxiolytique ou un antihistaminique.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une insomnie qui dure
plus de trois semaines sort de l'automédication. Un réveil précoce accompagné de tristesse, de perte d'intérêt ou d'idées noires oriente vers un trouble de l'humeur et se montre sans attendre.
Chez la femme, des
bouffées de chaleur qui apparaissent après 60 ans, ou qui s'accompagnent de saignements, se font examiner plutôt que traiter. Et tout saignement survenant après la ménopause, même minime, impose une consultation gynécologique. Chez une personne suivie pour un cancer du sein ou de l'endomètre, aucun produit à activité œstrogénique ne s'ajoute sans l'avis de l'oncologue.
Sources
Pharmacopée française,
Houblon (cône sec de) pour préparations homéopathiques, 2002 · ANSM, listes A et B des plantes médicinales, édition janvier 2025 · Décret n° 2008-841 du 22 août 2008 · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Humulus lupulus L., flos, révision 1, 6 mai 2014, et rapport d'évaluation correspondant · EMA/HMPC, monographie de l'association
Valeriana officinalis L., radix et
Humulus lupulus L., flos, 25 septembre 2019 · Possemiers et coll.,
Journal of Nutrition, 2006, sur la conversion par le microbiote.