Origine
Melissa officinalis L., Lamiacées. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques, datée de
janvier 2019, est l'une des plus récentes et des plus détaillées du rayon. Elle part de la
partie aérienne fraîche, fragmentée entre 0,5 et 5 cm, macérée deux à quatre semaines, à l'éthanol
65 pour cent en volume. Titrage exigé : au moins
0,025 pour cent en masse de dérivés hydroxycinnamiques exprimés en acide rosmarinique, et un résidu sec d'au moins 1,1 pour cent.
La mélisse figure en liste A des plantes médicinales, feuille et sommité fleurie, et fait partie des plantes libérées du monopole pharmaceutique par le décret du 22 août 2008.
Ce que dit la réglementation
Monographie européenne du
14 mai 2013, sur la
feuille, toujours en vigueur. Une révision périodique a été ouverte par un appel à données scientifiques le 2 avril 2024, ce texte est donc en cours de réexamen.
Deux indications, toutes deux en
usage traditionnel, aucune en usage bien établi : « médicament traditionnel à base de plantes pour soulager les symptômes légers du stress mental et favoriser le sommeil » et « médicament traditionnel à base de plantes pour le traitement symptomatique des troubles gastro-intestinaux légers, y compris les ballonnements et les flatulences ».
La double entrée nerveuse et digestive n'est pas un hasard commercial : c'est bien ainsi que le dossier européen est construit.
La teinture européenne n'est pas la teinture mère
La monographie retient une teinture, ce qui est plutôt rare, et c'est l'occasion de mesurer précisément l'écart avec la souche française.
La teinture européenne est au
1 pour 5, à l'éthanol de 45 à 53 pour cent, à raison de 2 à 6 ml, une à trois fois par jour, chez l'adulte et l'adolescent de plus de 12 ans. La teinture mère française part de la
partie aérienne fraîche et titre
65 pour cent.
Trois écarts, donc : la partie de plante, le titre alcoolique, et la plante fraîche plutôt que séchée. Les données européennes décrivent l'usage traditionnel de la feuille de mélisse, elles ne se reportent pas telles quelles sur ce flacon.
Un point à écarter tout de suite, parce qu'il circule beaucoup :
l'usage cutané contre l'herpès labial n'est pas couvert par la monographie. Le seul essai sérieux du domaine, publié en 1999 sur 66 patients, portait sur une crème à base d'un extrait aqueux sec purifié au 70 pour 1. Le rapport d'évaluation européen indique explicitement que ces données ne sont pas transposables à d'autres produits. Une teinture mère n'est pas cette crème.
La thyroïde, remise à sa place
« La mélisse est contre-indiquée si vous avez un problème de thyroïde. » Vous l'entendrez, et ce n'est pas ce que dit le dossier.
La mention existe bel et bien, mais elle se trouve en
rubrique 5.3, données précliniques de sécurité, pas en rubrique 4.3 des contre-indications ni en 4.4 des mises en garde. Le texte européen indique que des données issues d'études in vitro et animales suggèrent qu'un extrait aqueux pourrait inhiber l'activité de la thyréostimuline, et ajoute que
la pertinence clinique de ces observations n'est pas connue. La source princeps remonte à 1984 et portait sur des membranes thyroïdiennes humaines en tube.
Autrement dit :
aucune contre-indication opposable. La prudence chez une personne suivie pour la thyroïde reste raisonnable, mais elle relève de la précaution, pas de la preuve. Si vous prenez de la lévothyroxine, le bon réflexe est simplement d'en parler avant de commencer une cure, comme pour toute plante ajoutée à un traitement suivi.
Précautions
Usage non recommandé
avant 12 ans, ainsi que pendant la grossesse et l'allaitement, faute de données de sécurité. La monographie précise que la mélisse
peut altérer l'aptitude à conduire et à utiliser des machines. Sur les interactions, la mention est « aucune donnée disponible », ce qui n'équivaut pas à une absence de risque : signalez vos traitements en cours. La seule contre-indication formelle est l'hypersensibilité.
Comme pour les autres plantes sédatives du rayon,
valériane et
houblon en tête, l'effet le plus tangible en pratique est l'
addition d'effet avec un somnifère, un anxiolytique ou un antihistaminique. Le dosage en gouttes et les associations sont détaillés sur
notre page d'usage.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Sur le versant thyroïdien, quatre signes justifient une prise de sang plutôt qu'une plante : un
amaigrissement sans régime, des palpitations, un tremblement fin des mains, une accélération du transit, surtout s'ils vont ensemble.
Sur le versant digestif, un ballonnement installé qui s'accompagne d'un changement durable du transit, d'un amaigrissement, de sang dans les selles, ou qui apparaît après 50 ans, se fait explorer. Sur le versant nerveux, une insomnie de plus de trois semaines, ou un réveil précoce avec perte d'intérêt, relèvent d'une consultation.
Sources
Pharmacopée française,
Mélisse pour préparations homéopathiques, janvier 2019 · ANSM, liste A des plantes médicinales · Décret n° 2008-841 du 22 août 2008 · EMA/HMPC,
Community herbal monograph on Melissa officinalis L., folium, 14 mai 2013, rapport d'évaluation correspondant et appel à données du 2 avril 2024 · Auf'mkolk et coll.,
Endocrinology, 1984 · Koytchev, Alken et Dundarov,
Phytomedicine, 1999.