Origine
Passiflora incarnata L., la passiflore officinale, famille des Passifloracées. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques définit la souche à partir de la partie aérienne fraîche, teinture mère à l'éthanol 65 pour cent en volume. Cette monographie porte le millésime 2024 : c'est l'une des plus récentes du recueil, la majorité des souches végétales étant décrites dans des textes des années 1989 à 2008.
Ce que dit la réglementation
Monographie européenne d'usage traditionnel, adoptée le 25 mars 2014. L'indication reconnue est le soulagement des symptômes légers du stress mental et l'aide au sommeil. Elle vise les adultes et les adolescents de plus de 12 ans. Consultation recommandée si les symptômes persistent au-delà de deux semaines. L'ANSM inscrit la passiflore à la liste A, partie aérienne.
L'interaction avec les IMAO : ce que dit vraiment le dossier
C'est l'objection la plus fréquente qu'on nous oppose sur la passiflore. Elle repose sur ses alcaloïdes bêta-carbolines, l'harmane, l'harmine et l'harmaline, qui sont effectivement des inhibiteurs de la monoamine oxydase.
Le rapport d'évaluation européen est précis sur ce point : ces alcaloïdes peuvent être présents à l'état de traces, mais ils sont indétectables dans la plupart des matières premières du commerce. C'est cohérent avec le reste du dossier, où la section « interactions » ne retient rien, et où les effets indésirables sont mentionnés comme aucun connu.
Ce qu'il faut en retenir au comptoir : devant quelqu'un sous antidépresseur qui a lu que la passiflore serait un IMAO, la réponse documentée est que le référentiel européen ne retient aucune interaction. Cela ne vaut pas feu vert, faute d'étude d'association. La vraie limite pratique est ailleurs, c'est l'addition d'effet sédatif avec un anxiolytique, un hypnotique, un antihistaminique de première génération ou l'alcool.
Fraîche pour la souche, sèche pour l'Europe
La monographie française de 2024 définit la teinture mère sur la partie aérienne fraîche. Le référentiel européen, lui, travaille sur la partie aérienne séchée, et les données d'efficacité qu'il retient portent sur des tisanes et des extraits obtenus à partir de cette drogue sèche.
Ce ne sont donc pas les mêmes matières premières, et les données du dossier européen ne se transposent pas telles quelles à la teinture mère. C'est une nuance de périmètre que peu de fiches produit prennent la peine de faire, et elle vaut pour la quasi-totalité du rayon.
Comment l'utiliser
En gouttes diluées dans un peu d'eau, le soir pour l'aide au sommeil, en général une demi-heure avant le coucher. Pour une tension nerveuse de journée, la prise se répartit. La passiflore se marie bien avec l'eschscholtzia, qui agit plutôt sur l'endormissement, et avec la valériane, plutôt sur les réveils nocturnes. Deux plantes suffisent.
Précautions
Non recommandée avant 12 ans, faute de données. Non recommandée pendant la grossesse et l'allaitement, là encore par absence de données et non par signal de toxicité : la nuance est réelle, elle n'autorise pas pour autant à passer outre. Contre-indication limitée à l'hypersensibilité. Prudence au volant et sur machines, en raison de l'effet sédatif attendu.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une insomnie qui dure au-delà de trois semaines, un réveil systématique en deuxième partie de nuit avec ruminations, une somnolence diurne marquée, des ronflements avec pauses respiratoires rapportées par l'entourage, une anxiété qui empêche de travailler ou de sortir. Et tout trouble du sommeil apparu en même temps qu'un nouveau médicament : c'est souvent lui qu'il faut regarder en premier.
Sources
EMA/HMPC, monographie européenne Passiflora incarnata L., herba, 25 mars 2014, et rapport d'évaluation correspondant · Pharmacopée française, Passiflore pour préparations homéopathiques, 2024 · ANSM, liste A des plantes médicinales.