Origine
Urtica dioica L., la grande ortie, Urticacées. Un fait mérite d'ouvrir cette fiche, parce qu'il surprend même les habitués :
la grande ortie n'a pas de monographie française de souche homéopathique. Elle ne figure ni à la liste des monographies en vigueur de janvier 2024, ni à celle de janvier 2026.
C'est
Urtica urens, l'ortie brûlante, qui en possède une, datée de
1989 : plante entière fleurie fraîche, éthanol 45 pour cent en volume, teinture finale titrant entre 40 et 50 pour cent, résidu sec d'au moins 1,2 pour cent en masse. La souche classique du répertoire homéopathique est donc
urens, pas
dioica. Une teinture mère de grande ortie relève du texte général de la Pharmacopée sur les teintures mères, sans texte propre à l'espèce.
Côté liste A des plantes médicinales, les deux espèces figurent, chacune pour sa partie aérienne et sa partie souterraine, soit quatre entrées.
Feuille, partie aérienne, racine : trois drogues, trois indications
C'est le point de confusion majeur de l'ortie, et il se règle en un tableau. Les trois monographies européennes couvrent indifféremment
Urtica dioica et
Urtica urens, et
toutes les trois sont en usage traditionnel, aucune en usage bien établi.
| Drogue | Adoption | Ce que l'Europe reconnaît |
| Feuille | 14 janvier 2010 | douleurs articulaires mineures ; augmentation de la quantité d'urine pour un lavage des voies urinaires |
| Partie aérienne | 22 janvier 2025 | symptômes urinaires mineurs en complément d'un apport hydrique suffisant ; douleurs articulaires mineures ; états séborrhéiques de la peau |
| Racine | 22 janvier 2025 | symptômes du bas appareil urinaire liés à l'hypertrophie bénigne de la prostate, après exclusion d'une affection sérieuse par un médecin |
Retenez la règle :
la racine, c'est la prostate ; la feuille et la partie aérienne, c'est l'articulation et l'urinaire. Les deux ne sont pas interchangeables.
Une teinture ne figure que dans la monographie de la partie aérienne, au 1 pour 5 à l'éthanol 45 pour cent, et uniquement pour la douleur articulaire mineure. À ne pas confondre non plus avec l'
ortie brûlante,
Urtica urens : c'est elle, et non la grande ortie, qui possède une monographie française de souche. Ni la feuille ni la racine ne retiennent de teinture.
Ce que l'histoire de la plante raconte
L'Europe le note dans son rapport d'évaluation : dans la médecine populaire, la partie aérienne et les feuilles ont toujours eu plus d'importance que la racine.
L'usage de la racine dans les troubles prostatiques ne remonte qu'aux années 1950.
C'est un renversement complet de la réputation actuelle de la plante, qui est aujourd'hui vendue d'abord comme une racine pour la prostate. La tradition longue, celle qui fonde le statut d'usage traditionnel, est du côté de la feuille.
Le niveau de preuve
Sur la prostate, l'Europe tranche en
2025 : l'efficacité de la racine d'ortie n'est pas suffisamment démontrée pour justifier un usage médical bien établi. L'essai le plus souvent cité, publié en 2004 sur 246 hommes, montre une amélioration du score IPSS sous ortie et sous placebo, avec un écart jugé non cliniquement significatif. L'Europe a par ailleurs
refusé l'inscription de la racine à la liste communautaire, faute de données publiées sur la génotoxicité.
Sur l'articulation, la revue Cochrane consacrée aux traitements végétaux locaux de l'arthrose, publiée en
2013, inclut deux essais avec la feuille d'ortie, sur le pouce et sur le genou, et les classe en preuves de très faible qualité.
Précautions
Un détail réglementaire à connaître, parce qu'il montre que le dossier bouge : en 2010, la monographie de la feuille
contre-indiquait formellement l'usage dans les situations imposant une réduction des apports hydriques, insuffisance cardiaque ou rénale sévère. En 2025, celle de la partie aérienne rétrograde ce point en simple mise en garde. La logique reste la même, il faut boire abondamment, et l'usage n'est pas adapté à quelqu'un dont le médecin a limité les boissons.
Usage non recommandé pendant la grossesse et l'allaitement. Pas d'usage avant 18 ans pour l'indication urinaire et pour la douleur articulaire, avant 12 ans pour les autres. Aucune interaction rapportée. Contre-indication : hypersensibilité.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Chez l'homme, la règle européenne est explicite et vaut d'être reprise : les symptômes urinaires ne se traitent par la plante
qu'après qu'un médecin a écarté une affection sérieuse. Un homme qui se lève plusieurs fois par nuit, qui pousse pour uriner ou qui a un jet faible fait évaluer sa prostate avant de se traiter seul.
Trois situations relèvent de l'urgence : l'
impossibilité d'uriner avec envie pressante et douleur du bas-ventre, le
sang dans les urines, et la fièvre avec brûlures mictionnelles ou douleur lombaire.
Côté articulaire, une articulation chaude, rouge et gonflée, ou une raideur matinale prolongée touchant plusieurs articulations, se font examiner plutôt que soulager.
Le dosage en gouttes est détaillé sur
notre page d'usage des teintures mères, et le
catalogue A à Z liste les autres plantes du rayon.
Sources
Pharmacopée française,
Urtica urens pour préparations homéopathiques, 1989 · ANSM, liste des monographies pour préparations homéopathiques en vigueur, janvier 2024 et janvier 2026 · ANSM, liste A des plantes médicinales, édition janvier 2021 · EMA/HMPC, monographies européennes
Urtica dioica L., Urtica urens L., folium (14 janvier 2010),
herba et
radix (révision 1, 22 janvier 2025), et rapports d'évaluation correspondants · Schneider et Rübben, essai randomisé, 2004 · Cochrane,
Topical herbal therapy for treating osteoarthritis, 2013.