Origine
Salix alba L., Salicacées, le saule blanc. La drogue est l'
écorce. Une monographie de souche existe à la Pharmacopée française,
Salix alba pour préparations homéopathiques,
millésime 1989, et c'est la seule souche de saule inscrite. Le texte n'étant pas librement accessible, nous ne citerons ni titre alcoolique ni titrage que nous n'aurions pas lus.
Liste A des plantes médicinales, sous l'intitulé
Salix sp., écorce de tige et feuille. Le référentiel français raisonne donc par genre, pas par espèce. Absent de la liste B.
Le paradoxe du nom : la monographie européenne ne nomme pas le saule blanc
C'est l'information la plus utile de cette fiche, et elle prend tout le monde à revers.
La monographie européenne s'intitule
Salix, espèces diverses dont S. purpurea, S. daphnoides, S. fragilis, cortex.
Salix alba n'y est pas nommé. Adoption initiale le 14 janvier 2009, révision adoptée le 31 janvier 2017.
La raison est chimique et elle est chiffrée. Le rapport d'évaluation situe la salicine de
Salix alba autour de
0,5 pour cent, contre 4 à 8 pour cent pour
S. purpurea et plus de 4 pour cent pour
S. daphnoides. Or la Pharmacopée européenne exige au minimum
1,5 pour cent de dérivés salicylés totaux exprimés en salicine pour l'écorce de saule.
Conclusion : l'écorce de saule blanc seule ne satisfait pas nécessairement la monographie qui porte son nom vernaculaire, et
les essais cliniques de lombalgie n'ont jamais porté sur elle, mais sur un extrait titré préparé à partir des espèces riches. Le saule le plus vendu est le plus pauvre en principe actif.
Ce que dit la réglementation
En
usage médical bien établi : « médicament à base de plantes utilisé pour le traitement de courte durée de la lombalgie basse ». Il ne vaut que pour un extrait sec au rapport 8 à 14 pour 1, à l'éthanol 70 pour cent, titré à 15 pour cent de salicine totale, de 393 à 786 mg jusqu'à deux fois par jour, pendant
quatre semaines au maximum.
En
usage traditionnel : soulagement des douleurs articulaires mineures, fièvre associée au rhume, céphalées. Une
teinture y figure, au 1 pour 5 à l'éthanol 25 pour cent, de 15 à 24 ml par jour. Retenez le titre alcoolique, très bas, qui n'est pas celui d'une teinture mère classique.
Salicine et aspirine : la parenté réelle, et sa limite
La salicine est bien un
précurseur. Elle est hydrolysée par les bactéries intestinales en saligénine, puis convertie en acide salicylique après absorption. Après 240 mg de salicine, l'acide salicylique représente 86 pour cent des salicylates sériques, avec un pic moyen en deux heures. En surface exposée, 240 mg de salicine par jour équivalent à
50 à 87 mg d'acide acétylsalicylique.
Et pourtant, l'effet antiagrégant ne suit pas. Un essai comparant 240 mg de salicine par jour à 100 mg d'aspirine et à un placebo a montré que le saule réduit l'agrégation plaquettaire
nettement moins que l'aspirine, et n'agit pas sur l'agrégation induite par le collagène.
L'explication est élégante : c'est le
groupe acétyle de l'aspirine qui inhibe la cyclo-oxygénase de façon irréversible. L'acide salicylique, lui, n'est pas acétylé. Un extrait de saule n'est donc
ni un substitut d'aspirine cardio, ni pour autant dénué de risque chez une personne anticoagulée.
Précautions
La liste est longue et il faut la lire en entier. Contre-indications européennes : hypersensibilité à la substance active, hypersensibilité
aux salicylés ou aux autres anti-inflammatoires non stéroïdiens, asthme lié à une sensibilité aux salicylés, ulcère gastroduodénal évolutif,
troisième trimestre de grossesse, déficit en G6PD, insuffisance hépatique ou rénale sévère, troubles de la coagulation.
Et
enfants et adolescents de moins de 18 ans. Contrairement à d'autres plantes où cette limite tient à l'absence de données, ici le motif est écrit noir sur blanc dans le texte européen : le
risque de syndrome de Reye. C'est l'un des rares cas du rayon où l'affirmation qui circule est exacte.
Premier et deuxième trimestres de grossesse et allaitement : déconseillés. Interaction retenue :
potentialisation des anticoagulants coumariniques.
Sur la douleur articulaire, le rayon propose aussi l'
hamamélis sur un autre registre, et
notre page d'usage donne le dosage en gouttes.
Ce que dit Cochrane
La revue Cochrane consacrée aux traitements végétaux de la lombalgie retient que l'harpagophytum, le saule et le piment réduisent la douleur davantage que le placebo. Pour le saule, le niveau de preuve est
modéré, avec des doses standardisées à 120 ou 240 mg de salicine par jour supérieures au placebo à court terme, et un essai montrant une équivalence relative au rofécoxib. Là encore, sur extrait titré.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une lombalgie qui s'accompagne d'une
perte de force ou de sensibilité dans une jambe, de troubles pour uriner ou d'une anesthésie de la région périnéale, est une urgence : ce tableau ne se traite pas, il s'explore le jour même.
Se font également examiner : une douleur du dos qui réveille la nuit, qui s'accompagne de fièvre, d'un amaigrissement, ou qui survient après un traumatisme, chez une personne ostéoporotique ou sous corticoïdes. Une articulation chaude, rouge et gonflée n'est pas une douleur mineure. Et une fièvre qui dépasse trois jours se fait diagnostiquer plutôt que faire baisser.
Sources
ANSM, liste des monographies de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques,
Salix alba, 1989, et listes A et B des plantes médicinales · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Salix, various species including S. purpurea L., S. daphnoides Vill., S. fragilis L., cortex, révision du 31 janvier 2017, et rapport d'évaluation correspondant · Pharmacopée européenne, monographie
Salicis cortex · Krivoy et coll., 2001, sur l'agrégation plaquettaire · Cochrane,
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