Origine
Hamamelis virginiana L., Hamamélidacées, le noisetier des sorcières. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques, datée de
janvier 2017, a une particularité : la teinture mère est préparée à partir de
parties égales de feuille et d'écorce de tige séchées, et non de l'une ou de l'autre. Macération de trois à cinq semaines, éthanol
55 pour cent en volume, résidu sec d'au moins 1,2 pour cent, et surtout un titrage exigé :
au moins 0,25 pour cent en masse de tanins exprimés en pyrogallol.
Ne la confondez pas avec la
Teinture d'hamamélis allopathique, texte français de 1989, qui part des feuilles seules à l'éthanol 60 pour cent. Deux préparations, deux monographies, deux produits.
Liste A des plantes médicinales : écorce de tige et feuille. Absent de la liste B.
France et Europe ne disent pas la même chose, et il faut le savoir
C'est le point le plus utile de cette fiche, parce qu'il explique une divergence que vous rencontrerez tôt ou tard.
En France, la voie orale est admise. Le référentiel des indications acceptées pour les médicaments traditionnels à base de plantes, issu des
Cahiers de l'Agence n° 3 sur les médicaments à base de plantes, retient pour l'hamamélis, par voie orale : « traditionnellement utilisé dans les manifestations subjectives de l'insuffisance veineuse telles que jambes lourdes ; dans la symptomatologie hémorroïdaire », pour une durée d'un mois chez l'adulte. Ce libellé est celui que porte l'onglet Utilisation de cette fiche, et il est parfaitement légitime. Des spécialités françaises avec AMM le portent également.
En Europe, non. Les trois monographies européennes, sur la feuille, sur l'écorce et sur l'eau distillée, ne couvrent que les voies
cutanée, anorectale, buccale en bain de bouche recraché et, pour l'eau distillée, oculaire. Le rapport d'évaluation va plus loin : il écrit que l'usage
oral des teintures de feuille et d'écorce
n'est pas recommandé par l'évaluateur. La révision périodique close en janvier 2026 n'a rien changé.
Traduction pratique : l'usage interne de l'hamamélis en France repose sur une tradition nationale reconnue, pas sur le dossier européen. Ce n'est pas illégitime, c'est simplement plus fragile, et cela mérite d'être dit plutôt que d'invoquer l'Europe à tort.
Les tanins, qui font tout, et ce qu'ils imposent
L'hamamélis est une plante à tanins, et c'est son mécanisme entier. La Pharmacopée européenne exige au minimum 3 pour cent de tanins dans la feuille et 4 pour cent dans l'écorce. Les teneurs réelles vont de 3 à 10 pour cent pour la feuille, de 8 à 12 pour cent pour l'écorce.
Les tanins précipitent les protéines de surface : c'est l'astringence, qui resserre et calme localement. Par voie interne, ils ont deux conséquences que le rapport européen énonce clairement. D'une part une
irritation gastrique possible chez les personnes sensibles, et une réserve sur l'usage oral prolongé. D'autre part, les tanins
diminuent l'absorption des minéraux et des vitamines du groupe B.
En pratique : prenez la teinture à distance des repas riches en fer et d'une éventuelle supplémentation, deux heures suffisent. Et ne prolongez pas indéfiniment une prise orale.
Le paradoxe de l'eau d'hamamélis
Voilà une information que presque aucun site ne donne, alors qu'elle change le choix du produit.
L'eau d'hamamélis, le produit le plus vendu du rayon, est un
distillat. Or le rapport d'évaluation européen indique que le produit distillé
ne contient presque pas de tanins actifs, et que c'est l'alcool qui y assure l'effet astringent.
Autrement dit : le produit le plus populaire est celui qui contient le moins du principe qui fait la réputation de la plante. La teinture mère, elle, est titrée en tanins par la monographie française. C'est le seul lien réel avec l'astringence revendiquée.
Sur le même terrain veineux, le rayon propose aussi le
marronnier d'Inde et la
vigne rouge, dont les dossiers européens sont, eux, construits sur la voie orale. Le dosage en gouttes est détaillé sur
notre page d'usage.
Précautions
Sécurité non établie pendant la grossesse et l'allaitement : l'usage interne ne s'engage pas sans avis. Les limites d'âge européennes varient selon l'usage : 6 ans pour la peau, 12 ans pour la bouche et l'œil, 18 ans pour l'indication hémorroïdaire. Les durées sont courtes : une semaine sur la peau et en bain de bouche, deux semaines sur les hémorroïdes, quatre jours sur l'œil, un mois pour l'usage oral selon le référentiel français.
Aucune interaction n'est rapportée. En bain de bouche, la préparation se recrache.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Le signe qui ne se discute pas : un
mollet chaud, gonflé et douloureux d'un seul côté, surtout après un alitement, un plâtre ou un long trajet. C'est le tableau d'une phlébite, et il relève de la journée même.
Se font aussi examiner sans attendre : une plaie de jambe qui ne cicatrise pas, une peau qui se pigmente ou se durcit autour de la cheville, un œdème unilatéral d'apparition brutale. Sur les hémorroïdes, tout
saignement par l'anus se fait diagnostiquer plutôt qu'attribuer d'emblée à une crise, en particulier après 50 ans, en cas de changement du transit ou d'antécédent familial de cancer colorectal. Une douleur anale intense et permanente évoque une thrombose et se soulage mieux vite que tard.
Sources
Pharmacopée française,
Hamamélis pour préparations homéopathiques, janvier 2017, et
Teinture d'hamamélis, 1989 · ANSM,
Médicaments traditionnels à base de plantes : liste des indications acceptées, d'après les
Cahiers de l'Agence n° 3,
Médicaments à base de plantes · ANSM, listes A et B des plantes médicinales · EMA/HMPC, monographies européennes
Hamamelis virginiana L., folium (12 novembre 2009),
cortex (révision 2011) et
folium et cortex aut ramunculus destillatum (12 novembre 2009), rapport d'évaluation de 2010 et addendum de janvier 2026 · Pharmacopée européenne, monographies de la feuille et de l'écorce d'hamamélis.