Origine
Le romarin a changé de genre. Depuis la révision du genre
Salvia publiée en 2017, le nom botanique accepté est
Salvia rosmarinus Spenn. ;
Rosmarinus officinalis L., le nom de Linné, en est le synonyme. Détail qui compte pour un étiquetage :
les référentiels réglementaires n'ont pas suivi. L'EMA en 2024, la liste A de l'ANSM en 2025 et la Pharmacopée française écrivent tous
Rosmarinus officinalis. C'est donc le nom réglementaire qui reste sur les flacons, et ce n'est pas un retard, c'est la règle.
La monographie française de la souche, millésime
2003, est précise : la teinture mère part des
rameaux fleuris frais, titre
65 pour cent d'éthanol en volume, contrôle entre 60 et 70 pour cent, résidu sec d'au moins 1,0 pour cent et dosage d'au moins
0,05 pour cent en masse de dérivés hydroxycinnamiques exprimés en acide rosmarinique.
Ce que dit la réglementation
Deux monographies européennes, l'une sur la
feuille, l'autre sur l'
huile essentielle, toutes deux révisées le
29 mai 2024 et toutes deux en
usage traditionnel.
La feuille porte deux indications de nature très différente. Par voie orale : « soulagement symptomatique de la dyspepsie et des troubles spasmodiques légers du tractus gastro-intestinal ». En
additif pour le bain : « soulagement des douleurs musculaires et articulaires mineures et des troubles circulatoires périphériques mineurs ». L'huile essentielle reprend ce second libellé, par voie cutanée, en préparations semi-solides à 6 à 10 pour cent, et n'est pas recommandée avant 18 ans.
Une réserve à énoncer franchement :
aucune teinture ne figure parmi les préparations retenues. La monographie feuille ne liste que la substance divisée, en tisane ou en bain. Une teinture mère hydroalcoolique est hors du champ de l'enregistrement européen d'usage traditionnel.
Côté français, le romarin est en liste A pour la feuille et la sommité fleurie, et fait partie des plantes libérées du monopole pharmaceutique par le décret du 22 août 2008.
La souche française n'est pas la drogue européenne
C'est le point technique de cette fiche, et il tient en une phrase : la Pharmacopée française impose les
rameaux fleuris frais, alors que l'EMA, la liste A et le décret de 2008 raisonnent tous en
feuille ou sommité fleurie séchée.
Partie de plante différente, état de la plante différent, solvant différent. Un argumentaire qui recopierait les indications européennes sur une fiche de teinture mère serait donc réglementairement hors sujet. Ce que vous achetez ici est une souche homéopathique, avec sa logique propre. Sur le même terrain digestif et biliaire, le
curcuma et la
gentiane sont au catalogue, et
notre page d'usage donne le dosage en gouttes.
Le camphre, l'épilepsie, et ce que le dossier dit vraiment
Vous lirez partout que le romarin est contre-indiqué en cas d'épilepsie. Voici où cette affirmation est juste et où elle ne l'est pas.
Elle est juste pour l'
huile essentielle. La Pharmacopée européenne y fixe des teneurs en camphre de 13,0 à 21,0 pour cent pour le type espagnol, de 5,0 à 15,0 pour cent pour les types marocain et tunisien. Et le rapport d'évaluation européen est explicite : par voie orale, le camphre provoque facilement des convulsions de type épileptiforme s'il est absorbé en quantité suffisante.
Elle ne l'est pas pour la feuille. Le même rapport écrit, mot pour mot, que bien que les préparations de romarin contiennent des quantités variables de camphre,
il n'existe pas de données humaines soutenant la survenue de convulsions comme complication de l'ingestion d'extraits de romarin. Et ni l'une ni l'autre des deux monographies européennes ne mentionne l'épilepsie ou le camphre en contre-indication.
Conclusion de comptoir : le risque convulsivant documenté est celui du camphre isolé et de l'huile essentielle, pas celui d'une teinture de feuille ou de rameau. Cela n'autorise pas à donner du romarin à un enfant épileptique sans avis, mais cela évite d'inquiéter à tort un adulte qui prend quelques gouttes après le repas.
Précautions
La mise en garde orale porte sur les
voies biliaires : obstruction du canal biliaire, cholangite, maladie du foie, calculs biliaires et toute autre affection biliaire. Le romarin est cholérétique, c'est cohérent avec son indication digestive et c'est aussi ce qui fonde cette réserve.
Grossesse et allaitement : non recommandé, la sécurité n'est pas établie, et l'usage traditionnel emménagogue de la plante invite à la prudence. Moins de 12 ans pour la feuille, moins de 18 ans pour l'huile essentielle. Interactions : aucune donnée disponible.
Sur le niveau de preuve, autant être net :
aucun essai clinique n'existe dans les indications retenues. Les essais publiés portent sur d'autres sujets, notamment l'alopécie androgénétique et la mémoire, et n'ont pas été retenus par le comité européen.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Côté digestif, une douleur du creux de l'estomac qui réveille la nuit, une gêne accompagnée d'un amaigrissement, de vomissements répétés, de difficultés à avaler ou de sang dans les selles, ou qui apparaît après 50 ans, se fait explorer. Une douleur violente sous les côtes à droite, irradiant vers l'omoplate, avec fièvre, évoque une colique hépatique et relève de l'urgence.
Côté musculaire, une douleur qui suit un traumatisme, un mollet chaud et gonflé d'un seul côté, ou une faiblesse musculaire progressive ne sont pas des douleurs mineures. Et chez une personne suivie pour l'épilepsie, aucun ajout, plante comprise, ne se décide sans le neurologue.
Sources
Pharmacopée française,
Romarin pour préparations homéopathiques, 2003 · ANSM, liste A des plantes médicinales, édition janvier 2025 · Décret n° 2008-841 du 22 août 2008 · EMA/HMPC, monographies européennes
Rosmarinus officinalis L., folium et
Rosmarinus officinalis L., aetheroleum, révision 1, 29 mai 2024, et rapport d'évaluation commun · Pharmacopée européenne, monographie de l'huile essentielle de romarin · Drew et coll.,
Taxon, 2017, pour la révision du genre
Salvia · Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens Kew.