Origine
Taraxacum officinale, Astéracées. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques,
millésime 2002, part de la
plante entière fleurie fraîche, à l'éthanol
45 pour cent en volume, avec un résidu sec d'au moins 1,25 pour cent en masse.
Ce détail a une conséquence directe : la drogue française ne correspond exactement à
aucune des trois monographies européennes, qui découpent la plante autrement. Liste A des plantes médicinales, deux entrées, l'une pour la racine, l'autre pour la feuille et la partie aérienne. Absent de la liste B.
Trois monographies européennes, trois découpages
L'Europe a traité le pissenlit en trois fois, toutes en
usage traditionnel.
| Drogue | Adoption | Ce qui est reconnu |
| Racine avec partie aérienne | 12 novembre 2009 | troubles digestifs légers, sensation de réplétion, flatulences, digestion lente, perte d'appétit passagère ; et augmentation de la quantité d'urine pour un lavage des voies urinaires |
| Feuille | 12 novembre 2009 | uniquement l'indication urinaire |
| Racine seule | 24 novembre 2021 | troubles digestifs légers ; perte d'appétit passagère ; indication urinaire |
Une
teinture n'est retenue que dans la monographie de la racine seule, au 1 pour 5 à l'éthanol 45 pour cent. Les deux textes de 2009 ne couvrent que des extraits liquides et des jus.
Ni diurétique, ni plante du foie : ce que l'Europe dit vraiment
Le pissenlit est vendu sur deux promesses, le drainage urinaire et le foie. Regardons le texte.
La formule européenne est
cumulative : « augmenter la quantité d'urine
afin d'obtenir un lavage des voies urinaires », et elle s'achève par une restriction, « en adjuvant de troubles urinaires mineurs ». Ce n'est donc pas une revendication diurétique autonome : le lavage est la finalité, et l'eau bue en est la condition.
Quant au foie, il faut le dire nettement :
l'Europe ne reconnaît aucune indication hépatique ni cholérétique au pissenlit. Le volet digestif de la racine relève de l'amertume, comme pour la
gentiane, pas d'une action sur le foie. Un argumentaire « plante détox du foie » sort du cadre validé.
Une contre-indication qui a changé de statut, et pourquoi
Voici le point que personne ne raconte, et il est instructif sur la façon dont ces textes se construisent.
En
2009, l'obstruction des voies biliaires, la cholangite, les maladies du foie, les calculs biliaires et l'ulcère gastroduodénal évolutif étaient des
contre-indications formelles. En
2021, sur la racine seule, ces mêmes situations ont été
rétrogradées en simple mise en garde.
La raison surprend. Ce n'est pas que le risque ait été écarté : c'est qu'il n'a
jamais été documenté. Le rapport de 2021 explique que la mise en garde figure en rubrique 4.4 et non en 4.3 en raison du manque de données de pharmacovigilance, de données précliniques et cliniques, et de données issues des produits enregistrés.
Résultat : deux monographies européennes en vigueur disent aujourd'hui deux choses différentes sur le même risque, selon la partie de plante considérée. En pratique, nous appliquons la version prudente.
L'
allergie aux Astéracées, elle, reste une contre-indication formelle dans les trois textes. C'est la famille de l'arnica, de la camomille, de la
piloselle et du calendula.
Ce que contient la racine, et pourquoi la saison compte
L'inuline de la racine varie de
2 pour cent au printemps à 40 pour cent à l'automne, soit un facteur vingt. C'est l'un des écarts saisonniers les plus spectaculaires du rayon, et il explique que les usages traditionnels distinguent racine de printemps et racine d'automne.
Le potassium, souvent invoqué pour justifier l'effet diurétique, est présent autour de 2,45 pour cent en masse dans la racine. L'Europe reste prudente sur ce mécanisme et écrit qu'il
pourrait être lié à la teneur en potassium : c'est une hypothèse, pas une démonstration.
Sur les essais, le rapport européen est franc : pour la racine,
aucune donnée ne satisfait aux exigences d'un usage bien établi. Le seul essai humain existant porte sur la feuille, sur 17 sujets, sans insu ni placebo, avec un effet qui s'estompe dès la troisième prise.
Précautions
Buvez abondamment sur l'indication urinaire, c'est la condition de l'effet. Prudence en cas d'obstruction des voies biliaires, de calculs, de maladie du foie ou d'ulcère évolutif. Contre-indication en cas d'allergie aux Astéracées. Le dosage en gouttes se détermine avec nous, sur
notre page d'usage.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Sur le versant urinaire :
fièvre, brûlure ou difficulté à uriner, spasmes,
sang dans les urines, ou douleur d'un seul côté du dos avec frissons. Ce dernier tableau évoque une atteinte du rein et relève de l'urgence.
Sur le versant digestif : une douleur du creux de l'estomac qui réveille la nuit, un amaigrissement, des vomissements répétés, du sang dans les selles, ou une gêne apparue après 50 ans, se font explorer. Une douleur violente sous les côtes à droite irradiant vers l'omoplate, avec fièvre, évoque une colique hépatique et ne se traite pas seul. Et un jaunissement de la peau ou du blanc des yeux impose une consultation le jour même.
Sources
Pharmacopée française,
Pissenlit pour préparations homéopathiques, 2002 · ANSM, listes A et B des plantes médicinales · EMA/HMPC, monographies européennes
Taraxacum officinale, radix cum herba et
folium (12 novembre 2009) et
radix (24 novembre 2021), et rapports d'évaluation correspondants · Clare, Conroy et Spelman,
Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2009.