Origine
Arctostaphylos uva-ursi (L.) Spreng., Éricacées, la busserole ou raisin d'ours. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques,
millésime 2007, part du
rameau feuillé frais, et non de la feuille séchée. Titre en éthanol :
55 pour cent en volume. Titrage exigé : au minimum
0,15 pour cent en masse d'arbutoside anhydre.
L'écart avec l'Europe est immédiat : la Pharmacopée européenne exige de la
feuille séchée au moins 7 pour cent d'arbutine anhydre. Autre drogue, autre état, autre ordre de grandeur.
Liste A des plantes médicinales : feuille. Absente de la liste B.
Ce que dit la réglementation, et la durée la plus stricte du rayon
Monographie européenne de la feuille, révision 2 adoptée le
30 janvier 2018, en
usage traditionnel. Libellé exact : « médicament traditionnel à base de plantes utilisé pour le soulagement des symptômes d'infections urinaires basses légères et récidivantes, telles que sensation de brûlure à la miction et mictions fréquentes,
chez la femme, après exclusion d'affections graves par un médecin ».
Les limites sont les plus serrées de tout le rayon, et il faut les citer telles quelles :
| Durée maximale | une semaine |
| Consulter si les symptômes persistent | au-delà de quatre jours |
| Âge | non recommandé avant 18 ans |
| Sexe | usage non recommandé chez l'homme |
Un mot sur le fameux « cinq fois par an au maximum » que l'on lit partout :
l'EMA ne fixe aucun nombre d'épisodes annuel. Ce chiffre vient des notices de spécialités allemandes recensées dans le rapport d'évaluation, pas de la monographie. Nous préférons le dire plutôt que de le présenter comme une règle européenne.
Cinq préparations sont retenues, dont deux éthanoliques. Mais
aucune teinture n'y figure. Le motif n'est pas toxicologique : le critère d'ancienneté d'usage de plus de trente ans n'a pas été documenté pour cette forme par les autorités nationales.
Arbutine, hydroquinone, et le conseil qu'il faut abandonner
Le mécanisme est celui d'une prodrogue. L'arbutine est hydrolysée, l'hydroquinone libérée est conjuguée puis excrétée dans l'urine, où elle agit. L'activité antibactérienne est maximale
trois à quatre heures après la prise.
Vient ensuite un conseil traditionnel très répandu : alcaliniser les urines, par exemple au bicarbonate, pour rendre la busserole active. Il repose sur des travaux montrant une activité en urine alcaline à pH 8 et nulle à pH 6.
L'Europe ne le reprend pas, et le rapport d'évaluation explique pourquoi : l'alcalinisation est douteuse in vivo, difficile à maintenir, et surtout les bactéries uropathogènes déconjuguent elles-mêmes l'arbutine. La conclusion citée est nette : l'alcalinisation par prise de bicarbonate de sodium n'est pas nécessaire.
Sur la génotoxicité de l'hydroquinone, le dossier est ouvert : test d'Ames négatif, mais échanges de chromatides sœurs, aberrations chromosomiques et micronoyaux positifs, à des doses très supérieures aux doses cliniques et par voie intrapéritonéale. Le comité conclut qu'aucune conclusion claire ne peut être tirée et que des tests adéquats manquent.
Et voici le point contre-intuitif :
ce qui limite réellement la dose, ce n'est pas l'hydroquinone, ce sont les tanins. Le comité refuse d'autoriser des doses plus élevées en raison de la quantité relativement importante de tanins de la feuille.
Les tanins, et une conséquence pratique sur la préparation
La feuille contient de 10 à 20 pour cent de polyphénols, auxquels les troubles digestifs, nausées et vomissements, sont attribués.
D'où une recommandation officielle rarement suivie : pour limiter l'extraction des tanins, la tisane se prépare
par macération ou infusion, jamais par décoction, en pratique 1,5 à 4 g dans 150 ml d'
eau froide pendant au moins trente minutes, à boire aussitôt. Comme toute plante à tanins, elle diminue l'absorption du fer non héminique : espacez d'au moins deux heures d'une supplémentation.
Ce que montrent les essais, et pourquoi cela compte
Aucune revue Cochrane n'est consacrée à la busserole. L'essai le plus solide, publié en
2021 sur 398 femmes, comparait la busserole à la fosfomycine : il montre une réduction de 63,6 pour cent du recours aux antibiotiques, mais une
charge symptomatique supérieure, la non-infériorité n'étant pas atteinte, et
huit pyélonéphrites contre deux dans le groupe antibiotique. Un second essai, publié en 2019 sur 382 patientes, ne retrouve aucune différence sur les symptômes.
Traduction honnête : la busserole peut permettre d'éviter un antibiotique dans une cystite simple, au prix de symptômes plus longs, et avec un signal sur les complications hautes qui impose de la surveillance. Ce n'est pas un traitement à laisser courir.
Précautions
Femme adulte, une semaine au maximum, avis médical au-delà de quatre jours. Buvez abondamment, comme avec la
piloselle et le
pissenlit. Le dosage en gouttes se détermine avec nous, sur
notre page d'usage.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Quatre signes imposent l'avis médical sans attendre, et ils sont écrits dans la monographie :
fièvre, difficulté ou douleur importante à uriner, spasmes,
sang dans les urines.
S'y ajoutent, en pratique : une douleur d'un seul côté du dos avec frissons, qui évoque une atteinte du rein et relève de l'urgence ; une cystite chez une femme enceinte, qui se traite toujours médicalement ; des symptômes chez un homme, chez l'enfant ou chez une personne diabétique ; et des cystites qui reviennent plus de trois fois par an, qui méritent un bilan plutôt qu'une répétition de cures.
Sources
Pharmacopée française,
Busserole pour préparations homéopathiques, 2007 · Pharmacopée européenne, monographie de la feuille de busserole · ANSM, listes A et B des plantes médicinales · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Arctostaphylos uva-ursi (L.) Spreng., folium, révision 2, 30 janvier 2018, et rapport d'évaluation correspondant · Gágyor et coll.,
Clinical Microbiology and Infection, 2021 · Moore et coll., essai ATAFUTI,
Journal of Antimicrobial Chemotherapy, 2019 · Hurrell et coll.,
British Journal of Nutrition, 1999, sur les polyphénols et l'absorption du fer.