Origine
Juglans regia L., Juglandacées. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques est l'une des plus récentes du rayon,
millésime 2025, et sa définition mérite d'être lue de près : la teinture mère est préparée à partir du
mélange à parties égales de feuille fraîche et de péricarpe du fruit immature, frais. Pas de feuille sèche, et le brou de noix vert entre dans la formule.
Titre en éthanol :
65 pour cent en volume, contrôle entre 60 et 70. Résidu sec d'au moins 1,5 pour cent en masse. Et surtout un titrage rare :
0,002 à 0,014 pour cent de dérivés quinoniques totaux exprimés en juglone, dosés par spectrophotométrie. C'est une fourchette, avec un plancher et un plafond, ce qui est inhabituel.
Liste A des plantes médicinales : feuille et péricarpe. Absent de la liste B.
Ce que dit la réglementation, et une limite nette
Monographie européenne de la feuille, adoptée le
9 juillet 2013, en
usage traditionnel, et
par voie cutanée exclusivement. Deux indications : « soulagement des états inflammatoires mineurs de la peau » et « transpiration excessive des mains et des pieds ».
Une seule préparation est retenue, la drogue concassée en décoction pour compresses, de 4 à 6 g pour 200 ml d'eau bouillante.
Aucune teinture n'y figure. La révision de juillet 2022 n'a rien changé.
Et l'Europe est allée plus loin que le silence. L'addendum de 2022 écrit que
la présence potentielle de juglone dans les extraits destinés à la voie orale n'est pas acceptable. Nous ne trouvons par ailleurs aucun libellé oral français pour le noyer, ni aux indications acceptées, ni sous forme de spécialité avec autorisation de mise sur le marché : le rapport européen note d'ailleurs qu'en France la drogue n'est disponible qu'en produits homéopathiques.
Autrement dit, cette teinture mère est une souche homéopathique, à utiliser selon le conseil du pharmacien ou la prescription, et non un extrait de phytothérapie à avaler sur la foi des indications européennes.
La juglone, et un paradoxe de pharmacopée
Voici le point que cette fiche doit vous faire comprendre.
La juglone est la molécule caractéristique du noyer, celle qui colore les doigts en brun quand on manipule des brous. Or l'Europe indique qu'elle est
instable et se polymérise facilement, si bien qu'elle n'est présente qu'à l'état de traces dans les feuilles âgées ou séchées, et qu'elle n'est pas détectée dans la feuille sèche. Dans une décoction, l'Europe la mesure sous 0,0003 pour cent.
Comment, alors, la Pharmacopée française peut-elle exiger un titrage en juglone sur la teinture mère ? Précisément parce que la souche part de
plante fraîche et de péricarpe immature, la seule matrice où la juglone existe encore en quantité mesurable. Les teneurs foliaires sur feuille fraîche vont de 5,4 à 22,8 mg pour 100 g selon le cultivar, et décroissent au fil de la saison.
Le même produit, lu par deux textes, aboutit donc à deux constats opposés, et les deux sont exacts. C'est la fraîcheur de la drogue qui fait la différence.
Les tanins, et ce qu'ils impliquent
La feuille de noyer contient de l'ordre de 10 pour cent de tanins ellagiques, la norme européenne exigeant au minimum 2 pour cent exprimés en pyrogallol. C'est ce qui fonde l'usage astringent sur la peau, et c'est aussi ce qui explique la
coloration temporaire que la monographie annonce noir sur blanc.
Par voie interne, ces mêmes tanins gênent l'estomac chez les personnes sensibles et
diminuent l'absorption du fer. Si vous prenez du fer, espacez d'au moins deux heures. Le principe est le même que pour l'
hamamélis, autre plante à tanins du rayon.
Précautions
Sur la peau :
contre-indiqué sur plaies ouvertes et sur lésions étendues, usage limité à une semaine, non recommandé avant 18 ans. Grossesse et allaitement : non recommandé, faute de données. Aucune interaction rapportée.
Des dermites de contact, allergiques et irritatives, sont décrites, avec une pigmentation qui peut persister trois semaines. Testez sur une petite surface avant une application étendue.
Sur le niveau de preuve : aucun essai clinique n'a été retenu en 2013. Deux essais d'extrait aqueux chez des diabétiques de type 2, publiés en 2014 et 2017, ont été écartés en 2022 parce qu'ils ne portaient pas sur la préparation de la monographie. Le dosage en gouttes se détermine avec nous, sur
notre page d'usage.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une rougeur cutanée qui s'étend, qui devient chaude et douloureuse, ou qui s'accompagne de fièvre, n'est pas une inflammation mineure : elle se montre. Une lésion qui suinte, une plaie qui ne cicatrise pas au bout de deux semaines, ou toute atteinte du pied chez une personne diabétique, relèvent du médecin d'emblée.
Sur la transpiration, un changement récent et important, surtout s'il s'accompagne d'un amaigrissement, de palpitations, de sueurs nocturnes ou de fièvre, se fait explorer plutôt que traiter. Le
catalogue A à Z vous donne les autres plantes du rayon.
Sources
Pharmacopée française,
Noyer pour préparations homéopathiques, 2025 · ANSM, listes A et B des plantes médicinales · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Juglans regia L., folium, 9 juillet 2013, rapport d'évaluation correspondant et addendum du 20 juillet 2022 · Cosmulescu et coll.,
Notulae Botanicae Horti Agrobotanici, 2011, pour les teneurs foliaires en juglone.