Origine
Ginkgo biloba L., Ginkgoacées, seule espèce survivante de son embranchement. La drogue est la
feuille. Une monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques existe depuis
1989 et figure toujours à la liste des monographies en vigueur.
Ce que dit la réglementation
La monographie européenne de la feuille de ginkgo, adoptée le
28 janvier 2015, porte deux statuts, et c'est là que tout se joue.
L'
usage médical bien établi couvre « l'amélioration des troubles cognitifs liés à l'âge et de la qualité de vie dans la démence légère ». Il ne vaut que pour un
extrait sec raffiné et quantifié, dont les spécifications sont d'une précision inhabituelle : rapport drogue sur extrait de 35 à 67 pour 1, solvant acétone à 60 pour cent en masse, teneur de 22,0 à 27,0 pour cent de flavonoïdes, de 2,8 à 3,4 pour cent de ginkgolides A, B et C, de 2,6 à 3,2 pour cent de bilobalide, et
moins de 5 ppm d'acides ginkgoliques. Posologie retenue : 120 à 240 mg par jour.
L'
usage traditionnel, lui, ne couvre que la substance végétale pulvérisée, pour « soulager la sensation de jambes lourdes et la sensation de mains et de pieds froids liées à des troubles circulatoires mineurs ».
La teinture a été
écartée explicitement. Le rapport d'évaluation indique que la teinture de feuille de ginkgo est présente sur le marché depuis moins de trente ans et que la tradition ne peut donc pas être démontrée. Elle ne figure dans aucun des deux statuts.
L'écart entre une teinture mère et l'extrait des essais
C'est le point que cette fiche doit vous faire comprendre, parce qu'il commande tout le reste.
| Critère | Extrait des essais cliniques | Teinture mère |
| Concentration | 35 à 67 parties de feuille pour 1 d'extrait | ordre de grandeur d'une macération simple |
| Solvant | acétone à 60 pour cent en masse | éthanol |
| Raffinage | étapes de purification dédiées | aucune |
| Acides ginkgoliques | moins de 5 ppm imposés | non éliminés |
| Quantification | flavonoïdes, ginkgolides et bilobalide dosés | non exigée par la monographie |
Sur les
acides ginkgoliques, l'écart se chiffre. La feuille brute en contient environ 0,1 pour cent, soit de l'ordre de 1 000 ppm, contre une limite de 5 ppm dans l'extrait raffiné : un rapport d'environ deux cents. Ces composés sont des allergènes de contact apparentés à l'urushiol, la molécule du sumac vénéneux. L'Europe justifie la limite de 5 ppm par le seuil de détection des méthodes de routine, autrement dit elle exige l'élimination la plus poussée que la technique permette de vérifier.
Conclusion pratique :
les indications européennes du ginkgo ne se transposent pas à une teinture mère. Ce que vous achetez ici est une souche homéopathique, à sa place dans une approche de terrain, pas un substitut de l'extrait normalisé. Le
catalogue A à Z donne les autres plantes du rayon, et
notre page d'usage le dosage en gouttes.
Le risque hémorragique, remis à sa juste place
Vous lirez partout que le ginkgo fluidifie le sang. Le dossier est plus nuancé que cela, dans les deux sens.
D'un côté, des hémorragies oculaires, nasales, cérébrales et digestives ont été rapportées, et l'Europe recommande un avis médical préalable en cas de tendance hémorragique ou de traitement fluidifiant. L'arrêt avant une chirurgie est présenté comme une
précaution, pas comme la conséquence d'un effet démontré.
De l'autre, une méta-analyse publiée en
2011 dans
Pharmacotherapy, portant sur 18 essais randomisés et 1 985 sujets, ne retrouve
aucun surrisque hémorragique ni modification du temps de prothrombine, du temps de céphaline activée, du fibrinogène ou de l'agrégation plaquettaire. À noter aussi : le ginkgo
ne figure pas au thésaurus des interactions médicamenteuses de l'ANSM, contrairement au millepertuis.
La réserve honnête est symétrique de celle du paragraphe précédent : cette réassurance porte sur l'extrait raffiné et caractérisé, pas sur une teinture. L'argument protecteur ne se transpose pas davantage que l'argument d'efficacité. En pratique, si vous prenez un anticoagulant ou un antiagrégant, la question se pose au pharmacien avant l'achat. Le
millepertuis, lui, figure bien au thésaurus et sort de la plupart des associations chez une personne traitée.
Ce que disent les revues systématiques
Sur la cognition, la revue Cochrane publiée en
2026, qui rassemble 82 études et 10 613 participants, conclut à peu ou pas d'effet à six mois sur le trouble cognitif léger, avec un niveau de certitude modéré, et à des bénéfices faibles à modérés dans la démence, avec un niveau de certitude faible.
Sur les acouphènes, la revue Cochrane de
2022, 12 études et 1 915 participants, retient un effet probablement faible ou nul. Sur la claudication intermittente, celle de
2013, 14 essais et 739 participants, ne trouve pas de différence significative sur la distance de marche.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Un trouble de la mémoire qui
gêne les gestes du quotidien se fait évaluer plutôt que se traiter : oublier un rendez-vous est banal, ne plus savoir se servir d'un appareil familier ne l'est pas. Un
acouphène d'un seul côté, d'apparition brutale, ou accompagné d'une baisse d'audition ou de vertiges, relève de l'avis ORL sans délai. Une douleur de mollet qui apparaît à la marche et cède à l'arrêt évoque une artériopathie et se documente. Enfin, toute intervention chirurgicale ou dentaire programmée se signale.
Sources
ANSM, liste des monographies de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques en vigueur,
Ginkgo biloba, 1989 · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Ginkgo biloba L., folium, 28 janvier 2015, et rapport d'évaluation correspondant · Pharmacopée européenne, monographie
Ginkgo, extrait sec raffiné et quantifié · ANSM, thésaurus des interactions médicamenteuses · Kellermann et Kloft,
Pharmacotherapy, 2011 · Cochrane, revues sur le ginkgo dans les troubles cognitifs (2026), les acouphènes (2022) et la claudication intermittente (2013).