Origine
Hypericum perforatum L., le millepertuis perforé. L'ANSM l'inscrit à la
liste A des plantes médicinales, partie utilisée : la sommité fleurie.
Une chose à savoir avant tout le reste :
il n'existe aucune monographie française pour la souche homéopathique de millepertuis. Vérification faite sur la liste des monographies en vigueur au 1
er janvier 2026, aucune entrée. La teinture mère relève donc des seules monographies générales, et
aucun titrage en hypéricine ou en hyperforine ne lui est opposable. Ce détail va prendre tout son sens plus bas.
Ce que dit la réglementation
La monographie européenne, révisée le 22 février 2023, est
mixte. L'usage bien établi, le niveau de reconnaissance le plus élevé, est réservé à des
extraits secs précisément définis, en forme orale solide, pour le
traitement des épisodes dépressifs légers à modérés.
Les
teintures, elles, relèvent uniquement de l'usage traditionnel, avec deux indications : le soulagement d'un épuisement mental passager par voie orale, et les inflammations cutanées mineures et l'aide à la cicatrisation des petites plaies par voie cutanée. Autrement dit, la reconnaissance européenne dans la dépression ne se transporte pas à une teinture mère.
Le sujet central : les interactions
Le millepertuis est
l'inducteur enzymatique le plus problématique de tout le rayon, et ce n'est pas une formule. Son hyperforine active un récepteur nucléaire qui induit les cytochromes
CYP3A4, CYP2B6, CYP2C9 et CYP2C19, ainsi que la
glycoprotéine P. Résultat : les médicaments concernés sont dégradés plus vite, et leur concentration chute.
La monographie européenne
contre-indique l'association aux anticoagulants coumariniques, à la ciclosporine, à l'évérolimus, au sirolimus, au tacrolimus, aux inhibiteurs de protéase, aux inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse, à l'irinotécan, à l'imatinib et aux autres cytostatiques métabolisés par ces voies.
Le thésaurus des interactions de l'ANSM va plus loin encore : la rubrique millepertuis compte une quarantaine d'entrées. On y trouve notamment, en contre-indication, les
contraceptifs œstroprogestatifs et progestatifs, la digoxine, la méthadone, le tamoxifène, la clozapine, la théophylline, le ticagrélor, le vérapamil, l'itraconazole et le voriconazole, la plupart des antirétroviraux et de nombreux anticancéreux oraux. En association déconseillée : la carbamazépine, la quétiapine, l'oxycodone, la simvastatine, l'ivabradine, les hormones thyroïdiennes.
Sur le versant
sérotoninergique, le millepertuis figure nommément dans la liste des médicaments pouvant provoquer un syndrome sérotoninergique. Avec les IMAO et les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, l'association impose une surveillance clinique rapprochée.
Le piège que personne ne raconte : l'arrêt brutal
C'est le point le plus utile de cette fiche, et il est contre-intuitif. Le thésaurus de l'ANSM répète la même consigne pour les anticoagulants, la digoxine, les inhibiteurs de protéase et la théophylline : en cas d'association découverte après coup,
ne pas interrompre brutalement le millepertuis, mais contrôler l'INR ou les concentrations plasmatiques avant, puis après l'arrêt.
La raison : arrêter d'un coup lève l'induction enzymatique, le médicament associé n'est plus dégradé au même rythme, et le patient bascule du sous-dosage au
surdosage. L'activité enzymatique met environ une semaine à revenir à la normale.
Second point technique. L'agence européenne module toute sa section sécurité sur un seuil :
1 mg d'hyperforine par jour. En dessous, et pour moins de deux semaines, aucune interaction cliniquement pertinente n'est rapportée. Au-dessus, le bloc complet s'applique. Sur une teinture mère, ce seuil
n'est pas documenté, puisqu'aucun titrage n'est imposé. Nous le traitons donc par défaut comme dépassé. C'est la position prudente, et c'est la seule tenable.
Précautions
Photosensibilisation : le risque existe mais il est dose-dépendant. Les données publiées montrent une sensibilité accrue aux UVA seulement aux très fortes doses d'extrait, très au-dessus des concentrations cutanées obtenues aux posologies usuelles. Prudence quand même en cas d'exposition solaire intense ou de séance d'UV.
Usage
non recommandé avant 18 ans par voie orale, avant 12 ans par voie cutanée. Non recommandé pendant la grossesse et l'allaitement.
La règle que nous appliquons au comptoir
Aucune délivrance de millepertuis sans avoir vu la liste des traitements en cours. Apportez votre ordonnance, ou la photo de vos boîtes. C'est deux minutes, et cela évite une grossesse non désirée, un rejet de greffe ou un INR qui part en vrille. Si vous prenez déjà du millepertuis et que vous découvrez une interaction, ne l'arrêtez pas seul : appelez-nous ou votre médecin.
Pour situer ce risque d'interaction, la comparaison éclaire : le
ginkgo, pourtant réputé fluidifiant, ne figure pas au thésaurus de l'ANSM, quand le millepertuis y occupe une quarantaine d'entrées. Dosage sur
notre page d'usage.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une tristesse qui dure au-delà de
deux semaines, une perte d'intérêt pour ce qui comptait, un sommeil et un appétit désorganisés, des idées noires. Le millepertuis en teinture mère n'est pas un antidépresseur, et un épisode dépressif se diagnostique. En cas d'idées suicidaires, le
3114 répond gratuitement, 24 heures sur 24.
Sources
EMA/HMPC, monographie européenne
Hypericum perforatum L., herba, révision 1, 22 février 2023, et rapport d'évaluation correspondant · ANSM, thésaurus des interactions médicamenteuses, septembre 2023 · ANSM, liste A des plantes médicinales · ANSM, liste des monographies françaises en vigueur, janvier 2026.