Origine
Crataegus, Rosacées, l'épine blanche. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques,
millésime 2025, décrit une souche composite qui n'existe nulle part ailleurs : la teinture mère est un
mélange à volumes égaux de deux teintures, l'une de sommité fleurie à l'éthanol 65 pour cent, l'autre de baie à l'éthanol 45 pour cent. Le produit fini titre donc
55 pour cent, et il contient à la fois la fleur et le fruit.
Titrage exigé : au minimum
0,0040 pour cent en masse de vitexine-2''-rhamnoside.
Retenez ce point, il commande la suite : l'Europe, elle, n'a évalué que la
feuille avec fleur, et exclut le fruit.
Liste A des plantes médicinales, deux entrées, l'une pour le fruit, l'autre pour la fleur et la sommité fleurie. Absent de la liste B.
Ce que dit la réglementation aujourd'hui
Une seule monographie européenne, sur
Crataegus spp.,
folium cum flore, adoptée le
5 avril 2016, en
usage traditionnel. Deux indications :
« médicament traditionnel à base de plantes utilisé pour soulager les symptômes de troubles cardiaques nerveux passagers, par exemple des palpitations ou une perception de battements supplémentaires liées à une anxiété légère » et « médicament traditionnel à base de plantes pour soulager les symptômes légers du stress mental et favoriser le sommeil ».
Bonne nouvelle pour la forme galénique : une
teinture est retenue, au rapport 1 pour 3,5 à 4,5, à l'éthanol 35 pour cent. Un projet de révision de mars 2025 conserve ce cadre et nomme les espèces couvertes.
L'insuffisance cardiaque : l'indication a été retirée
C'est l'information que cette fiche doit porter, parce qu'elle contredit trente ans de littérature grand public.
Jusqu'en 2016, l'aubépine portait un
usage médical bien établi dans la « baisse des performances cardiaques correspondant à la classe fonctionnelle II de la NYHA », sur un extrait sec précis, rapport drogue sur extrait de 4 à 6,6 pour 1, éthanol 45 pour cent en masse, titré à 18,75 pour cent de procyanidines oligomères, à 900 mg par jour.
La monographie de 2016 porte désormais la mention « usage bien établi : sans objet », et le rapport d'évaluation tranche :
le traitement de la baisse des performances cardiaques n'est plus acceptable comme indication pour le Crataegus. Deux essais ont emporté la décision : SPICE, 2 681 patients sur 24 mois, échec sur le critère principal, et HERB-CHF, 120 patients, aucune différence sur le test de marche de six minutes.
La revue Cochrane de
2008, 10 essais et 855 patients, concluait pourtant à un bénéfice significatif en traitement d'appoint. Les deux constats coexistent : Cochrane a évalué des critères symptomatiques et physiologiques, l'Europe a exigé une démonstration sur des critères durs, et ne l'a pas obtenue. Nous préférons vous donner les deux plutôt que de choisir celui qui arrange.
Précautions
Grossesse et allaitement : non recommandé. Moins de 18 ans pour l'indication cardiaque nerveuse, moins de 12 ans pour le stress et le sommeil. Sur les interactions, la monographie indique « aucune rapportée » :
l'interaction avec les digitaliques que l'on répète partout n'est pas documentée au dossier européen. Cela n'autorise pas à ajouter une plante à un traitement cardiaque sans en parler.
Un avis médical s'impose si les symptômes persistent au-delà de
deux semaines ou s'aggravent. Point nouveau à connaître : le projet de révision de 2025 introduit une mise en garde absente en 2016, sur un
risque hémorragique majoré après une intervention chirurgicale.
Sur les plantes voisines, l'
eschscholtzia a fait l'objet d'un essai en association avec l'aubépine, et la
valériane couvre le même terrain du sommeil. La façon de répartir la dose entre deux plantes est expliquée sur
notre page d'usage.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Les résumés des caractéristiques des spécialités françaises d'aubépine listent trois signes qui imposent une consultation
immédiate, et ils valent d'être repris tels quels : un
gonflement des chevilles ou des jambes, une
douleur dans la région du cœur s'étendant vers les bras, l'abdomen ou le cou, une
gêne respiratoire.
Ajoutons ce que le comptoir voit passer : des palpitations accompagnées d'un malaise, d'une perte de connaissance ou d'une douleur thoracique ne sont pas un trouble nerveux passager. Un essoufflement à l'effort qui s'aggrave, un cœur qui s'emballe de façon irrégulière et prolongée, se font examiner. L'indication de l'aubépine ne vaut qu'
après qu'un médecin a écarté une maladie sérieuse, c'est écrit dans le texte européen.
Sources
Pharmacopée française,
Aubépine pour préparations homéopathiques, 2025 · ANSM, listes A et B des plantes médicinales · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Crataegus spp., folium cum flore, 5 avril 2016, rapport d'évaluation correspondant, et projet de révision du 19 mars 2025 · ANSM, résumés des caractéristiques des spécialités françaises à base d'aubépine · Cochrane,
Hawthorn extract for treating chronic heart failure, 2008.