Origine
Arctium lappa L., Astéracées. Trois noms circulent pour une seule plante, et les référentiels français les portent tous les trois : la liste A écrit «
Arctium lappa L. (=
A. majus (Gaertn.) Bernh.) (=
Lappa major Gaertn.) ». Le nom accepté par la botanique est
Arctium lappa, mais la Pharmacopée a retenu
Lappa major comme dénomination homéopathique. C'est ce nom que vous verrez sur les flacons, et ce n'est pas une erreur.
La souche existe bien en France : monographie
Lappa major pour préparations homéopathiques, millésime
2009, toujours en vigueur à l'index de l'ANSM.
Côté liste A, la bardane figure pour la
feuille et la racine. Elle est absente de la liste B.
Ce que dit la réglementation
La monographie européenne porte sur la
racine, a été adoptée le
16 septembre 2010, et relève entièrement de l'
usage traditionnel. Elle retient trois indications, toutes par voie orale :
« augmenter la quantité d'urine afin d'obtenir un lavage des voies urinaires, en adjuvant des troubles urinaires mineurs », « perte d'appétit temporaire », et « traitement des états séborrhéiques de la peau ».
Deux teintures sont explicitement couvertes : au
1 pour 10 à l'éthanol 45 pour cent, et au
1 pour 5 à l'éthanol 25 pour cent. La forme galénique n'est donc pas hors sujet ici, contrairement à d'autres plantes du rayon.
Usage
non recommandé avant 18 ans. Une révision de cette monographie est en consultation publique depuis le
15 mars 2026, le texte est donc susceptible d'évoluer.
La peau : ce qui est reconnu, et ce qui ne l'est pas
La bardane est vendue partout comme la plante de l'acné. Voici où passe exactement la ligne.
Le libellé européen dit «
états séborrhéiques de la peau ». Il ne dit pas acné. La nuance n'est pas cosmétique : séborrhée désigne un excès de sébum, l'acné est une maladie inflammatoire du follicule pilo-sébacé avec une composante bactérienne. Reconnaître l'une ne revendique pas l'autre.
Le niveau de preuve, ensuite. Le rapport d'évaluation européen écrit qu'il manque de recherche clinique et que les essais contrôlés sont absents. Le seul travail humain identifié est une
étude observationnelle ouverte, sans randomisation ni comparateur, sur 34 patients, terminée fin 2011 et publiée en 2014. C'est peu, et il vaut mieux le savoir avant d'attendre un résultat spectaculaire.
Un détail d'archive qui éclaire le dossier : l'indication cutanée
ne figurait pas dans le projet de monographie de janvier 2010, qui ne portait que sur les voies urinaires et l'appétit. Elle a été ajoutée entre le projet et la version finale de septembre. Elle repose donc sur la tradition d'usage, pas sur une donnée nouvelle apparue en cours d'évaluation.
Ce que contient la racine
Les glucides représentent jusqu'à 70 pour cent de la masse sèche, dont environ 45 pour cent d'
inuline. C'est ce qui explique la place de la bardane dans les régimes de drainage et son effet parfois ballonnant chez les intestins sensibles : l'inuline est un fructane fermentescible.
Les
polyacétylènes sont plus abondants dans la racine fraîche que dans la racine séchée, ce qui donne un argument objectif à la teinture mère de plante fraîche. L'
arctiopicrine, lactone sesquiterpénique, est décrite par l'Europe comme un sensibilisant faible : c'est elle qui porte le risque allergique.
Les lignanes, arctiine et arctigénine, sont surtout dans le
fruit, pas dans la racine. Les vertus qu'on leur prête ne se transposent donc pas mécaniquement à une teinture de racine.
L'affaire des tisanes à l'atropine
Voici l'histoire que ce rayon ne raconte jamais, et qui explique un test de contrôle inhabituel.
En
1984, une publication de toxicologie clinique américaine a rapporté des intoxications
anticholinergiques après consommation de tisanes de racine de bardane du commerce, avec une teneur en atropine estimée à 2,28 mg. L'Europe le confirme dans son rapport : l'atropine n'est pas un constituant de la bardane, le produit était
contaminé par une source de solanacées, probablement de la racine de belladone, dont l'aspect ressemble à celui de la bardane.
D'où une exigence de contrôle qui date de cette époque : les racines qui
prennent une coloration bleue après traitement par une solution iodée ne doivent pas être utilisées, cette réaction signalant la présence de racine de belladone. C'est le genre de garde-fou qui distingue une filière pharmaceutique d'un achat en ligne.
Précautions
Contre-indication formelle :
hypersensibilité aux plantes de la famille des Astéracées, celle de l'arnica, de la camomille, du pissenlit et de l'échinacée. Si vous réagissez à l'une d'elles, dites-le.
Sur l'indication urinaire, buvez abondamment, c'est la condition de l'effet, comme pour la
piloselle et l'
orthosiphon. Grossesse, allaitement et moins de 18 ans : non recommandé.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Le
catalogue A à Z liste les autres plantes du rayon, et
notre page d'usage le nombre de gouttes.
Sur la peau, une acné qui laisse des
cicatrices ou des nodules profonds ne se traite pas en automédication : plus la prise en charge est précoce, moins les marques s'installent. Une éruption qui apparaît brutalement après un nouveau médicament, ou qui s'accompagne de fièvre, se montre le jour même.
Sur les voies urinaires, fièvre, brûlure en urinant, douleur d'un seul côté du dos ou sang dans les urines imposent un avis médical sans attendre. Et une perte d'appétit qui dure, surtout avec un amaigrissement, se fait explorer plutôt que stimuler.
Sources
EMA/HMPC,
Community herbal monograph on Arctium lappa L., radix, 16 septembre 2010, projet de monographie du 14 janvier 2010, rapport d'évaluation et addendum correspondants, révision 1 en consultation depuis le 15 mars 2026 · ANSM, index des souches de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques,
Lappa major, 2009 · ANSM, listes A et B des plantes médicinales · Rhoads, Tong, Banner et Anderson,
Clinical Toxicology, 1984, sur les intoxications par tisanes de bardane du commerce.