Origine
La vigne rouge n'est pas une espèce à part, et c'est la première chose à savoir. Il s'agit des
feuilles de Vitis vinifera L., issues de cépages à raisin noir dont la feuille rougit en fin de saison. Le projet initial de la monographie européenne s'intitulait d'ailleurs
Vitis vinifera L. var.
tinctoria, avant que le texte final ne retienne simplement
Vitis vinifera L., folium.
Deux exigences de récolte, qui ne sont pas cosmétiques : la cueillette se fait
à la main, en automne, après les vendanges, et le séchage est naturel. La raison est chimique : c'est entre la vendange et la chute des feuilles que la teneur en anthocyanes est la plus élevée.
La qualité de la drogue est définie par une monographie de la Pharmacopée française de
1996, qui exige au moins
4 pour cent de polyphénols totaux et 0,2 pour cent d'anthocyanes. En revanche,
aucune monographie de souche homéopathique n'existe pour Vitis vinifera : la teinture mère relève du texte général de la Pharmacopée, sans texte propre à la plante.
Liste A des plantes médicinales : feuille. Absente de la liste B.
Ce que dit la réglementation
La monographie européenne, révision 1 adoptée le
30 mai 2017, est l'une des rares du rayon à porter deux statuts, et son indication d'usage bien établi est ambitieuse.
En
usage médical bien établi : « traitement de l'insuffisance veineuse chronique, caractérisée par des jambes gonflées, des varices, une sensation de lourdeur, des douleurs, une fatigue, des démangeaisons, une tension et des crampes dans les mollets ».
En
usage traditionnel, trois libellés : soulager l'inconfort et la lourdeur des jambes liés à des troubles circulatoires veineux mineurs, soulager les démangeaisons et brûlures associées aux hémorroïdes, et le traitement symptomatique de la fragilité capillaire cutanée.
L'extrait des essais, et pourquoi il n'a rien d'une teinture
Voici le point qui commande la lecture de toute cette fiche.
L'usage bien établi ne vaut que pour un
extrait sec dont le solvant d'extraction est l'eau, au rapport drogue sur extrait de 4 à 6 pour 1, titré selon le rapport d'évaluation à 4 à 7 pour cent de glycosides de flavonols exprimés en quercétine-3-O-glucuronide. Posologie :
360 à 720 mg par jour, sur douze semaines, avec un effet attendu au bout de deux à trois semaines.
Deux conséquences. La première : le solvant est
l'eau, pas l'alcool. Une teinture mère hydroalcoolique n'extrait pas le même profil de composés, et
aucune teinture ne figure parmi les préparations retenues, ni en usage bien établi, ni en usage traditionnel. Les indications européennes ne se transposent donc pas à cette souche.
La seconde tient à la posologie, et elle est contre-intuitive : la dose unitaire égale la dose journalière. L'usage bien établi de la vigne rouge se prend
en une seule prise par jour, à rebours du « trois fois par jour » habituel des plantes.
Curiosité réglementaire au passage : pour la qualité de la drogue, la monographie européenne renvoie à une
pharmacopée nationale, le texte français de 1996, et non à la Pharmacopée européenne. C'est assez rare pour être signalé, et c'est un point de fierté discret pour la filière française.
Ce que disent les revues systématiques
La revue Cochrane consacrée aux veinotoniques, mise à jour en
2020, conclut à un niveau de preuve modéré que ces produits réduisent probablement légèrement l'œdème, avec peu ou pas d'effet sur la qualité de vie et un niveau de preuve faible sur la cicatrisation des ulcères. Précision honnête :
la feuille de vigne rouge n'y est pas incluse.
Une revue systématique dédiée, publiée en
2020 et portant sur cinq essais contrôlés randomisés, retrouve un bénéfice sur certains critères et appelle à des essais de meilleure qualité.
Précautions
Contre-indication : hypersensibilité. Grossesse et allaitement : non recommandé. Usage
non recommandé avant 18 ans. Durées prévues : douze semaines pour l'usage bien établi, quatre semaines pour l'usage traditionnel par voie orale. Le rapport européen indique qu'aucune interaction pharmacodynamique n'a été rapportée.
Un rappel utile, parce qu'il conditionne le résultat : sur une insuffisance veineuse, la
contention, la marche et l'élévation des jambes font davantage qu'une plante. Le veinotonique accompagne, il ne remplace pas.
Sur le même terrain, le rayon propose le
marronnier d'Inde et l'
hamamélis, et
notre page d'usage donne le dosage en gouttes.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Le signe qui impose la consultation le jour même : un
mollet chaud, gonflé et douloureux d'un seul côté, en particulier après un alitement, un plâtre, une chirurgie ou un long trajet. C'est le tableau d'une phlébite. Associé à un essoufflement ou à une douleur thoracique, c'est une urgence.
Se font aussi examiner : une plaie de jambe qui ne cicatrise pas, une peau qui se pigmente, se durcit ou s'amincit autour de la cheville, un œdème unilatéral d'apparition brutale, un gonflement des deux jambes chez une personne suivie pour le cœur, les reins ou le foie. Et une varice qui saigne se comprime, jambe surélevée, sans attendre.
Sources
Pharmacopée française, monographie
Vigne rouge, 1996 · ANSM, liste A des plantes médicinales, édition janvier 2024, et liste des monographies pour préparations homéopathiques en vigueur · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Vitis vinifera L., folium, révision 1, 30 mai 2017, projet initial sur la var.
tinctoria, et rapport d'évaluation correspondant · Cochrane,
Phlebotonics for venous insufficiency, 2020 · Azhdari et coll.,
Phytotherapy Research, 2020.