Origine
Viscum album L., le gui. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques,
millésime 2010, s'intitule
Gui du pommier, et l'intitulé n'est pas décoratif : la définition impose la
partie aérienne fructifère fraîche récoltée sur le pommier,
Malus domestica. L'arbre hôte fait partie de la définition de la drogue.
Titre en éthanol :
45 pour cent en volume, contrôle entre 40 et 50. Résidu sec d'au moins 2,5 pour cent. Titrage : au minimum
0,006 pour cent de lignanes exprimés en acide syringique, dosés par chromatographie liquide.
À noter, parce que le produit existe au catalogue : le
gui du pin sylvestre n'a pas de monographie française. C'est une souche commerciale sans texte national qui la définisse.
Liste B : ce que cela veut dire exactement
Le gui figure en
liste B des plantes médicinales de la Pharmacopée française, pour sa
feuille. Le titre de cette liste dit tout : plantes « dont les effets indésirables potentiels sont supérieurs au bénéfice thérapeutique attendu ».
Les conséquences sont concrètes. Le gui ne fait pas partie des 148 plantes libérées du monopole pharmaceutique. Il est exclu des compléments alimentaires. Et
aucune allégation thérapeutique n'est possible. Une fiche honnête sur cette plante décrit une souche, elle ne promet rien.
Pourquoi l'Europe a refusé toute monographie
Le comité européen a publié le
20 novembre 2012 une déclaration publique concluant qu'aucune monographie ne peut être établie pour le gui. Le motif est double et instructif.
Sur le versant cardiovasculaire, l'efficacité n'est pas établie, et l'indication n'est de toute façon
pas compatible avec un usage sans surveillance médicale. Sur le versant cancérologique, s'ajoute un obstacle de forme : le statut d'usage traditionnel exige une préparation orale, externe ou par inhalation, ce que l'injectable n'est pas.
Le même rapport note que la France ne comptait alors
aucune préparation autorisée ni enregistrée à base de gui.
Le gui injectable de l'oncologie est un autre sujet
Il faut le dire clairement, parce que la confusion circule. Les extraits de gui utilisés en médecine anthroposophique sont des
extraits aqueux fermentés, injectés en sous-cutané, standardisés sur les lectines, prescrits par un médecin selon une montée de doses progressive. Ils n'ont
pas d'autorisation de mise sur le marché en France et circulent sur autorisation d'importation, sur prescription.
Une teinture mère hydroalcoolique prise par voie orale n'a rien de commun avec cela : autre voie, autre extrait, autre standardisation, autre cadre. Et le titrage français le confirme, puisqu'il porte sur les
lignanes, ni sur les lectines ni sur les viscotoxines, c'est-à-dire ni sur l'un ni sur l'autre des marqueurs de l'injectable. Le raccourci entre les deux ne tient pas une seconde.
L'hôte compte, et la saison aussi
Le gui est hémiparasite : sa composition dépend de l'arbre sur lequel il pousse. L'Europe l'écrit, l'espèce de l'arbre hôte, la période de récolte et le procédé d'extraction déterminent les concentrations, tout en reconnaissant qu'aucune étude systématique n'existe sur l'influence de l'hôte.
Deux faits contre-intuitifs, documentés. Les
lectines culminent en décembre, les viscotoxines en juin. Et une analyse de cinquante teintures mères issues de cinq hôtes différents a montré que celles de récolte estivale sont plus cytotoxiques in vitro que celles d'hiver. Le gui « de Noël » n'est donc pas la version la plus concentrée, toutes molécules confondues. C'est précisément pour cela que la Pharmacopée française fige l'hôte.
La toxicité, remise à sa place
Le gui a une réputation de plante mortelle. Les données sont plus nuancées, et il faut les citer correctement.
L'Europe écrit que le gui
peut être considéré comme non toxique après ingestion orale, avec quelques cas de nausées, vomissements, diarrhée et hypotension suivie de choc décrits, surtout après ingestion de baies, et sans toxicité chronique connue.
Attention à une erreur fréquente : les grandes séries américaines rassurantes, plus de 1 700 expositions sans décès, portent sur le
gui américain,
Phoradendron, et non sur
Viscum album. Les citer sans le préciser serait une faute.
Côté français, l'ANSES rapporte de l'ordre de quarante appels par an aux centres antipoison pour des enfants de moins de quinze ans, aux trois quarts entre novembre et janvier, et fait une remarque qui prend le public à revers :
les feuilles sont plus toxiques que les baies blanches. Les baies vertes immatures sont d'ailleurs bien plus chargées en viscotoxines et en lectines que les baies mûres de la boule de Noël.
Précautions
Souche réservée au circuit pharmaceutique, à utiliser sur avis d'un professionnel de santé. À écarter chez la femme enceinte ou allaitante et chez l'enfant. Vigilance particulière en cas de traitement antihypertenseur, anticoagulant ou immunosuppresseur.
Ce produit ne se substitue à aucun traitement, et ne peut revendiquer ni effet cardiovasculaire, ni effet sur l'immunité, ni effet anticancéreux : ce sont exactement les deux terrains sur lesquels l'Europe a refusé de se prononcer favorablement. Le
catalogue A à Z propose des plantes mieux documentées pour la plupart des usages courants, et
notre page d'usage explique le dosage en gouttes.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une ingestion accidentelle de baies ou de feuilles par un enfant se signale au centre antipoison, en précisant la quantité et l'heure. Des vomissements répétés, une diarrhée profuse, une somnolence, un malaise ou un ralentissement du pouls après ingestion imposent un avis médical sans attendre.
Une hypertension artérielle ne se traite pas par une plante : elle se mesure, se suit et se traite avec un médecin. Et aucun diagnostic de cancer ne se gère avec une teinture mère, quel que soit ce qu'on lit ailleurs.
Sources
Pharmacopée française,
Gui du pommier pour préparations homéopathiques, 2010 · ANSM, liste B des plantes médicinales et préface des listes · EMA/HMPC,
Public statement on Viscum album L., herba, 20 novembre 2012, et rapport d'évaluation correspondant · ANSES, information sur les plantes décoratives et le risque d'ingestion · Yousefvand et coll.,
Scientific Reports, 2022 · Melo et coll.,
Frontiers in Pharmacology, 2022 · National Cancer Institute, notice
Mistletoe.