Origine
Equisetum arvense L., Équisétacées, la prêle des champs. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques, millésime
2004, est précise : la teinture mère part de la
partie aérienne stérile fraîche, titre
55 pour cent d'éthanol en volume, contrôle entre 50 et 60 pour cent, résidu sec d'au moins 0,7 pour cent en masse, flavonoïdes totaux d'au moins 0,010 pour cent exprimés en isoquercitroside, et un essai des alcaloïdes qui doit être
négatif. Retenez ce dernier point, il n'est pas là par hasard, la suite l'explique.
Le mot « stérile » n'est pas un détail : la prêle produit au printemps des tiges fertiles brunâtres, sans chlorophylle, qui portent les épis sporifères. Ce n'est pas la drogue. La drogue est la tige verte stérile qui vient après.
Liste A des plantes médicinales : partie aérienne stérile.
Ce que dit la réglementation
Monographie européenne du
2 février 2016, en
usage traditionnel, avec deux indications : « augmenter la quantité d'urine afin d'obtenir un lavage des voies urinaires, en adjuvant des troubles urinaires mineurs » et « traitement d'appoint des plaies superficielles ».
La liste des préparations retenues est longue, jus d'expression, extraits aqueux, extraits fluides hydroalcooliques, extrait sec, mais
aucune teinture n'y figure. Une teinture mère est donc hors du périmètre de cette monographie.
Et il faut le dire nettement :
l'Europe ne reconnaît aucune indication osseuse ni capillaire à la prêle. Ni ongles, ni cheveux, ni reminéralisation. L'EFSA avait de son côté jugé la plante insuffisamment caractérisée pour porter des allégations sur les cheveux et les os.
La silice : ce que la Pharmacopée demande réellement
La prêle est vendue partout comme la plante de la silice. Regardons les chiffres.
La Pharmacopée européenne
n'impose aucune teneur en silice pour la drogue. Ce qu'elle exige, c'est au moins 0,3 pour cent de flavonoïdes totaux exprimés en isoquercitroside. La silice n'est pas le marqueur de qualité, les flavonoïdes le sont.
La plante en contient bien, de l'ordre de 5 à 7,7 pour cent d'acide silicique selon la littérature, mais
10 pour cent seulement en sont hydrosolubles. Le silicium réellement extractible à l'eau dans une tisane non bouillie plafonne autour de 0,3 pour cent de la plante, et plusieurs auteurs considèrent que la silice ne s'extrait pas véritablement par une infusion usuelle.
Autrement dit, le raisonnement « la prêle est riche en silice, donc elle reminéralise » saute deux étapes : l'extraction, puis l'absorption. Aucune des deux n'est acquise.
Le vrai sujet de sécurité : la prêle des marais
Voici l'information la plus utile de cette fiche, et l'argument le plus solide en faveur d'une filière pharmaceutique.
Equisetum palustre, la prêle des marais, ressemble à la prêle des champs et pousse dans les mêmes régions. Elle contient de la
palustrine, un alcaloïde décrit comme potentiellement toxique. Le rapport européen liste explicitement l'adultération par
E. palustre,
E. hyemale,
E. fluviatile et
E. sylvaticum comme possible, et indique que la Pharmacopée européenne comporte un essai chromatographique d'identification assorti d'une spécification d'absence d'
Equisetum palustre.
Sauf que ce test a ses limites, documentées. Un travail publié en 2015 a montré que les bandes bleu-vert servant de repère sont
partagées par plusieurs espèces d'Equisetum. Et une analyse par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse publiée en
2022 a trouvé
26 échantillons commerciaux contaminés sur 34 par des alcaloïdes de prêle des marais, avec un taux de transfert de 42 à 60 pour cent dans l'infusion.
Deux conséquences pratiques. D'abord, l'essai des alcaloïdes négatif exigé par la monographie française de la souche prend tout son sens : c'est un contrôle de plus. Ensuite, la cueillette personnelle de prêle est une mauvaise idée, et l'origine du produit n'est pas une question de confort.
À noter au passage, parce que ce produit existe aussi au catalogue : la
prêle d'hiver,
Equisetum hiemale, est une plante de
liste B, pas de liste A. Elle a sa propre monographie française de souche, également de 2004, et ce n'est pas le même produit. Le critère de partage est simple : la prêle des champs pour l'usage courant, la prêle d'hiver pour un conseil spécifique, et dans les deux cas le dosage figure sur
notre page d'usage.
La thiaminase, remise à sa place
On lit souvent que la prêle détruit la vitamine B1. L'origine de cette affirmation est identifiable : un travail de
1952 portant sur trois chevaux, chez qui la destruction de la thiamine était quasi complète.
La position européenne est claire : de tels effets
n'ont pas été observés chez l'humain, et l'enzyme est inactivée par l'extraction éthanolique ou par la chaleur. Aucune mention d'étiquetage n'est exigée à ce titre. Une teinture mère, qui est précisément une extraction éthanolique, est donc concernée au dernier degré.
Précautions
Contre-indication : les états imposant une
restriction des apports hydriques, insuffisance cardiaque ou rénale sévère. Hors tisane, assurez un apport en eau suffisant, c'est la condition de l'indication de lavage. Grossesse et allaitement : non recommandé, et ne pas appliquer sur le sein. Moins de 12 ans : sécurité non établie. Aucune interaction rapportée.
Un seul essai humain solide existe, publié en
2014 sur 36 volontaires sains, comparant un extrait sec à l'hydrochlorothiazide et à un placebo.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Sur les voies urinaires :
fièvre, brûlure ou difficulté à uriner, sang dans les urines, douleur d'un seul côté du dos avec frissons. Ce dernier tableau évoque une atteinte du rein et relève de l'urgence.
Des jambes qui gonflent des deux côtés, une prise de poids rapide avec essoufflement, ne relèvent pas du drainage mais d'un examen. Et des ongles qui se dédoublent ou une chute de cheveux installée méritent un bilan, notamment du fer et de la thyroïde, avant de miser sur une plante.
Sources
Pharmacopée française,
Equisetum arvense, prêle des champs, pour préparations homéopathiques, 2004, et
Equisetum hiemale, prêle d'hiver, 2004 · ANSM, listes A et B des plantes médicinales · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Equisetum arvense L., herba, 2 février 2016, et rapport d'évaluation correspondant · Pharmacopée européenne, monographie de la prêle ·
Scientific Reports, 2015, sur les limites du test d'identification · Nowak et coll.,
Planta Medica, 2022, sur la contamination des échantillons commerciaux · Carneiro et coll., essai randomisé, 2014.