Origine
La myrrhe n'est pas une plante fraîche, c'est une
gomme-résine : un exsudat durci à l'air, obtenu par incision ou écoulement spontané du tronc et des branches d'un arbuste du genre
Commiphora, famille des Burséracées. Le nom retenu par la réglementation pharmaceutique est
Commiphora molmol Engler, avec
Commiphora myrrha comme nom concurrent : les deux étiquetages circulent légitimement.
Cette nature d'exsudat a une conséquence directe sur le produit.
La notion de plante fraîche est ici sans objet, et il n'existe pas de monographie française pour une souche homéopathique de myrrhe. La référence pharmaceutique est la teinture de myrrhe de la Pharmacopée européenne, préparée au cinquième avec de l'
éthanol à 90 pour cent, un titre bien supérieur aux teintures mères végétales usuelles, imposé par la solubilité des résines.
Ce que dit la réglementation
Monographie européenne d'
usage traditionnel, adoptée le 12 juillet 2011, avec deux indications :
- le traitement des petites ulcérations et inflammations de la bouche, stomatites et gingivites ;
- le traitement des petites plaies et des furoncles de faible taille.
Les voies reconnues sont la
voie buccale locale et la voie cutanée. L'ANSM inscrit la myrrhe à la liste A, gomme oléo-résine.
Un détail qui en dit long sur le niveau de preuve : la myrrhe n'a pas d'entrée à la liste communautaire, et l'agence européenne en donne la raison. En l'absence de tests de génotoxicité suffisants, aucune inscription n'a pu être établie, les seules données disponibles étant un essai chez la souris jugé non concluant à lui seul.
Le point qui compte : la myrrhe ne s'avale pas
C'est le décalage central de ce produit, et il mérite d'être posé clairement.
Une teinture mère est un format qu'on associe spontanément à une
prise orale en gouttes. Or la
seule voie évaluée et reconnue pour la myrrhe est locale : bain de bouche, gargarisme, badigeon gingival, ou application cutanée. Il n'existe aucune monographie européenne soutenant une ingestion de myrrhe.
En pratique, au comptoir, cela donne un conseil simple. La myrrhe s'emploie
diluée dans un verre d'eau, en bain de bouche à recracher, sur une gencive irritée ou un aphte, ou en application locale sur une petite plaie propre. La posologie retenue par la monographie est de l'ordre d'un demi à cinq millilitres de teinture dans 150 millilitres d'eau, trois fois par jour.
Et une précision qui évite une mauvaise surprise : appliquée pure, la teinture titre 90 degrés. La
douleur et l'irritation transitoires qu'elle provoque viennent de l'alcool, pas de la myrrhe. Sur une muqueuse déjà irritée, la dilution n'est pas une option.
Précautions
Contre-indiquée en cas d'hypersensibilité, et c'est la seule contre-indication retenue. Usage
non recommandé avant 12 ans. Non recommandée pendant la grossesse et l'allaitement, la sécurité n'étant pas établie. Des réactions cutanées allergiques ont été rapportées. Éviter le contact avec les yeux.
Point de vigilance sur les allégations : les propriétés emménagogues ou utérotoniques qu'on prête parfois à la myrrhe ne sont
pas documentées dans le dossier réglementaire européen. Nous ne les reprendrons pas.
Sur le soin de bouche, l'
alchémille est la seule autre plante du rayon à porter une indication reconnue sur les ulcérations buccales mineures. Dosage sur
notre page d'usage, et le
catalogue A à Z liste l'ensemble du rayon.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
La monographie impose une consultation si les symptômes persistent au-delà d'
une semaine. Et elle pose une règle nette que nous appliquons : un
furoncle du visage relève d'une prise en charge médicale, jamais de l'automédication, en raison du risque de complication locale.
S'ajoutent les motifs habituels : un aphte qui dure plus de deux semaines ou qui récidive sans arrêt fait chercher une carence en fer, en vitamine B12 ou en folates, une maladie cœliaque, parfois autre chose. Des gencives qui saignent au brossage se montrent à un dentiste, un bain de bouche ne remplace pas un détartrage.
Sources
EMA/HMPC, monographie européenne
Commiphora molmol Engler, gummi-resina, 12 juillet 2011, et rapport d'évaluation correspondant · Pharmacopée européenne, monographies
Myrrha et
Teinture de myrrhe · ANSM, liste A des plantes médicinales.