Origine
Zingiber officinale Roscoe, Zingibéracées. La drogue est le
rhizome. Premier fait à poser : il n'existe
aucune monographie française de souche homéopathique pour le gingembre. Il ne figure pas à l'index des souches pour préparations homéopathiques de l'ANSM. La teinture mère relève donc du texte général de la Pharmacopée, sans titrage opposable propre à la plante.
Liste A des plantes médicinales, rhizome, avec la double mention d'usage traditionnel européen et chinois. Absent de la liste B.
Ce que dit la réglementation
La monographie européenne, révision 1 adoptée le
7 mai 2025, est l'une des plus récentes du rayon, et surtout l'une des rares à porter un
usage médical bien établi.
Le libellé, exact : « médicament à base de plantes pour la prévention des nausées et vomissements du mal des transports ».
S'y ajoutent cinq indications en
usage traditionnel : soulagement symptomatique du mal des transports, troubles gastro-intestinaux spasmodiques légers dont ballonnements et flatulences, perte d'appétit passagère, douleurs articulaires mineures, symptômes du rhume.
L'usage bien établi ne concerne pas la teinture, et la dose surprend
Voici le point que presque aucun site ne relève.
L'usage bien établi porte sur le
rhizome pulvérisé, et sur lui seul. Ni extrait, ni teinture. La posologie est de
1 à 2 g, une heure avant le départ, en prise unique, chez l'adulte et le sujet âgé, l'usage n'étant pas recommandé avant 18 ans.
Deux teintures figurent bien à la monographie, au 1 pour 10 et au 1 pour 2, toutes deux à l'éthanol 90 pour cent, mais
uniquement au titre de l'usage traditionnel, c'est-à-dire pour la digestion, l'appétit, les douleurs articulaires mineures et le rhume. Une teinture mère ne relève donc pas de l'indication mal des transports.
Et le régime le mieux documenté est aussi le plus exigeant : 1 à 2 g une heure avant, contre 500 à 750 mg une demi-heure avant en usage traditionnel. Environ le double de dose, et le double d'anticipation.
Grossesse : ce que le dossier dit, et ce qu'il ne dit pas
C'est la question la plus fréquente au comptoir sur cette plante, et la réponse mérite d'être précise.
La monographie retient des données de sécurité rassurantes : entre 300 et 1 000 issues de grossesse documentées,
sans indication de malformation ni de toxicité fœto-néonatale. Elle conclut pourtant qu'à titre de précaution, il est préférable d'éviter l'usage pendant la grossesse.
Le rapport d'évaluation explique pourquoi, et le motif est
procédural, pas toxicologique : une indication d'usage traditionnel chez la femme enceinte est considérée comme non appropriée en soi. Le même rapport signale d'ailleurs qu'un produit à usage bien établi est autorisé en Autriche depuis 2010 dans les vomissements légers du début de grossesse, jusqu'à seize semaines.
Côté sociétés savantes, le collège américain d'obstétrique recommande le gingembre parmi les options non pharmacologiques, en niveau B. La revue Cochrane de 2015 retient un effet possible sur les nausées, avec des preuves limitées et incohérentes, et aucun bénéfice démontré sur les vomissements.
Notre position au comptoir : la question se pose au médecin ou à la sage-femme qui suit la grossesse, et l'absence d'indication européenne ne se lit pas comme un signal de danger.
Interactions et chirurgie
Le gingembre est réputé antiagrégant. La monographie européenne indique pourtant, à la rubrique interactions, «
aucune connue ».
Ce qui existe est expérimental : des effets in vitro et chez l'animal, un travail sur le dabigatran chez le rat, aucun effet retrouvé sur la warfarine. Le comité conclut que la pertinence clinique de ces résultats non cliniques n'est pas connue et que d'autres études sont nécessaires.
Aucune recommandation d'arrêt avant une intervention ne figure au texte. L'arrêt préopératoire relève donc de la précaution de principe, pas d'un fait documenté. Cela dit, signalez toujours vos prises avant une chirurgie, c'est au chirurgien de trancher.
Ce que montrent les essais
Sur l'
arthrose, une méta-analyse de 2014 portant sur cinq essais randomisés et 593 patients retient un effet modéré sur la douleur. Avec une réserve qui contredit l'image de la plante : les patients sous gingembre
abandonnaient le traitement 2,33 fois plus souvent que sous placebo, essentiellement pour gêne gastrique. Le gingembre n'est pas la plante douce pour l'estomac qu'on imagine.
Sur les nausées de
chimiothérapie, une revue de 2019 portant sur 18 articles retrouve un bénéfice possible sur les vomissements et la fatigue, mais
aucune association avec les nausées.
Précautions
Grossesse : à éviter par précaution, allaitement non recommandé. L'usage bien établi n'est pas recommandé avant 18 ans. Prudence en cas de sensibilité gastrique, et prise au cours du repas plutôt qu'à jeun. Le dosage en gouttes se détermine avec nous, sur
notre page d'usage, et le
catalogue A à Z liste les autres plantes digestives du rayon.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Des vomissements qui empêchent de boire, qui durent plus de vingt-quatre heures, ou qui s'accompagnent de fièvre, de douleur abdominale intense ou de sang, imposent un avis médical. Chez une femme enceinte, des vomissements incoercibles avec perte de poids relèvent d'une prise en charge, pas d'une plante.
Une douleur articulaire chaude, rouge et gonflée, ou une raideur matinale prolongée touchant plusieurs articulations, se fait examiner. Et un mal des transports apparu récemment chez quelqu'un qui n'en souffrait pas, surtout avec vertiges ou troubles de l'équilibre, mérite un avis ORL.
Sources
ANSM, index des souches de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques, et listes A et B des plantes médicinales, édition janvier 2026 · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Zingiber officinale Roscoe, rhizoma, révision 1, 7 mai 2025, et rapport d'évaluation correspondant · American College of Obstetricians and Gynecologists,
Practice Bulletin n° 189, 2018 · Cochrane,
Interventions for nausea and vomiting in early pregnancy, 2015 · Bartels et coll.,
Osteoarthritis and Cartilage, 2014 · Crichton et coll., 2019.