Origine
Turnera diffusa Willd. ex Schult., la damiana. Arbrisseau d'Amérique centrale, rangé selon les classifications dans les Turnéracées ou dans les Passifloracées, cette dernière étant celle que retient la réglementation française sur les compléments alimentaires.
Elle dispose d'une
monographie française pour préparations homéopathiques, datée de 1989. Nous le vérifions parce que c'est le seul cadre pharmacopéial dont cette plante bénéficie en France.
Un statut réglementaire à contre-courant
La damiana est un cas intéressant, et il vaut mieux le dire franchement que d'habiller le vide.
Aucune monographie européenne ne la couvre, ni en usage traditionnel ni en usage bien établi. Elle ne figure
ni à la liste A ni à la liste B des plantes médicinales de la Pharmacopée française : dans l'ordre alphabétique de ces listes, on passe directement de
Turraea à
Tussilago. Elle est en revanche autorisée en complément alimentaire par l'arrêté du 24 juin 2014, feuille et tige.
Autrement dit : en France, la damiana circule comme denrée, et sa souche homéopathique dispose d'une monographie que des plantes bien plus étudiées n'ont pas. Le ginseng, par exemple, n'en a aucune.
Ce que dit et ne dit pas la documentation
Il faut être clair sur le niveau de preuve.
Aucune contre-indication, aucune interaction, aucun âge minimum, aucune durée maximale ne sont officiellement établis au niveau européen, faute de monographie.
Ce qui existe est un document européen ancien, à visée vétérinaire, qui relève qu'aucune intoxication humaine ni aucun effet toxique de
Turnera diffusa n'a été rapporté dans la littérature. Il décrit la composition : une huile essentielle à faible teneur, des sesquiterpènes, des résines, des tanins, et des traces d'arbutine et de glycosides cyanogènes.
L'effet hypoglycémiant n'est pas établi cliniquement. Il existe des travaux expérimentaux chez l'animal, mais aucune source institutionnelle ne documente d'interaction avec les traitements du diabète chez l'homme. Nous le mentionnons quand même en précaution, parce qu'une hypothèse préclinique sur une plante que des diabétiques achètent mérite d'être posée. Nous ne la présentons pas comme un fait acquis.
Aucune donnée n'existe non plus sur la grossesse, l'allaitement ni l'enfant. L'absence de donnée n'est pas une garantie d'innocuité, c'est une absence de donnée.
Ce qu'on en attend traditionnellement
La damiana est employée sur la
baisse passagère du désir, la fatigue nerveuse et le stress qui s'installe. Cet usage relève de la tradition, pas d'une reconnaissance réglementaire, et nous ne lui prêterons pas de vertu démontrée.
Un point de méthode qui vaut plus que la plante elle-même : devant une baisse de libido, les causes à écarter d'abord ne sont presque jamais végétales. Un traitement en cours, un antidépresseur, un bêtabloquant, une pilule qui augmente la protéine de transport des hormones sexuelles, une hypothyroïdie, une carence martiale, une sécheresse vaginale qui se déguise en manque de désir, une dépression, une fatigue chronique. La plante vient après, si elle vient.
Précautions
Prudence si vous êtes traité pour un
diabète, en raison de données animales suggérant un effet hypoglycémiant. À écarter pendant la grossesse et l'allaitement, et chez l'enfant, faute de toute donnée. Comme toute teinture mère, elle contient de l'alcool : voir les situations concernées sur notre page
comment prendre une teinture mère.
La damiana partage sa situation avec l'
alchémille : un usage traditionnel bien établi, aucune monographie européenne, donc aucune indication opposable. Le
catalogue A à Z liste l'ensemble du rayon.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une baisse de désir
installée depuis plusieurs mois, apparue en même temps qu'un nouveau traitement, ou accompagnée d'une fatigue, d'une prise de poids ou d'une frilosité inhabituelles. Chez l'homme, un trouble de l'érection n'est pas un problème de libido et mérite un bilan cardiovasculaire : c'est souvent le premier signe visible d'une atteinte artérielle.
Sources
ANSM, liste des monographies françaises pour préparations homéopathiques, janvier 2026 · ANSM, listes A et B des plantes médicinales · Arrêté du 24 juin 2014 relatif aux plantes en compléments alimentaires · EMA/CVMP,
Turnera diffusa summary report, 1999.