Origine
Centella asiatica (L.) Urban, Apiacées. En homéopathie, la souche porte l'ancien nom du genre :
Hydrocotyle asiatica. C'est sous ce nom que la Pharmacopée française l'a inscrite, monographie de
1989, qui part de la
plante entière séchée, avec un titre en éthanol de
45 pour cent en volume, tolérance de 40 à 50 pour cent, et un résidu sec d'au moins 1,20 pour cent en masse. Aucun titrage en triterpènes n'est exigé de la souche.
Notez la discordance, elle est réelle : la Pharmacopée européenne décrit la drogue végétale comme les
parties aériennes, la souche homéopathique française retient la
plante entière. Deux textes, deux drogues.
Liste A des plantes médicinales, à l'entrée « Hydrocotyle », partie aérienne, avec la double mention d'usage traditionnel européen et d'outre-mer.
Ce que dit la réglementation, et ce qu'elle refuse
La monographie européenne, révision 1 du
30 mars 2022, est courte et restrictive. Statut :
usage traditionnel. Une seule indication : « médicament traditionnel à base de plantes utilisé pour aider à la cicatrisation des plaies mineures ». Voie
cutanée exclusivement, durée maximale
une semaine.
La voie orale n'a pas été oubliée, elle a été
écartée, et pour un motif nommé. Le comité européen écrit qu'il existe suffisamment d'éléments indiquant que la centella pourrait altérer la fertilité aux doses traditionnellement utilisées chez l'humain lorsqu'elle est prise par voie orale, et conclut que l'usage traditionnel des parties aériennes par voie orale ne peut pas être inclus dans la monographie.
Le point qui compte : le signal porte sur les
doses traditionnelles elles-mêmes, pas sur un surdosage. Une teinture mère se prend précisément par voie orale. Nous préférons vous le dire, parce que vous ne le lirez nulle part ailleurs et que cela pèse dans la décision, en particulier si vous avez un projet de grossesse.
Le Madécassol n'est pas cette teinture mère
Voilà l'autre confusion à lever, et elle est fréquente.
Il existe en France une spécialité avec autorisation de mise sur le marché à base de centella, en crème à 1 pour cent, indiquée dans le traitement local d'appoint des ulcérations cutanées. Son principe actif est un
extrait titré, composé d'environ 40 pour cent d'asiaticoside purifié, 30 pour cent d'acide asiatique et 30 pour cent d'acide madécassique.
L'Europe est allée jusqu'à refuser de le qualifier de préparation à base de plantes : elle écrit que cet extrait est obtenu par des étapes de purification extrêmes, qu'il résulte de la
recombinaison d'un extrait hautement raffiné avec un constituant isolé, et que la proportion naturelle des composants n'y est plus respectée.
Si c'est le confort des jambes que vous cherchez, le rayon propose des plantes dont le dossier européen est construit sur la voie orale : le
marronnier d'Inde, la
vigne rouge et l'
hamamélis. Conclusion sans ambiguïté :
aucune donnée du médicament ne se transpose à la teinture mère. Le premier est un extrait reconstruit et dosé, la seconde est un totum non titré, à une concentration sans commune mesure. Se servir de l'un pour vendre l'autre serait malhonnête.
Ce que montrent les essais
Sur l'
insuffisance veineuse chronique, une revue systématique de 2013 portant sur huit essais conclut que la centella pourrait améliorer signes et symptômes, mais assortit ce résultat d'une réserve nette : la plupart des études sont insuffisamment rapportées et présentent un risque de biais mal évaluable.
Sur la
cicatrisation, une revue de 2022 retenant quatre essais contrôlés randomisés chez l'humain penche pour un bénéfice, lié à l'angiogenèse et à un effet anti-inflammatoire, en soulignant que quatre études limitent la portée de la conclusion.
Aucune revue Cochrane n'est consacrée à cette plante.
Précautions
Contre-indication : hypersensibilité aux
Apiacées, la famille de la carotte, du céleri, du fenouil et de l'aneth. Grossesse et allaitement : non recommandé, et le signal européen sur la fertilité invite à la même réserve en cas de projet de grossesse. Durée : une semaine par voie cutanée selon la monographie.
Sur le
foie, le registre américain LiverTox recense des atteintes hépatocellulaires après prise orale, apparues entre trois et huit semaines et régressives en un à deux mois après l'arrêt. Le score de causalité attribué à la plante est celui d'une cause rare mais probable, et la reprise du produit après un tel épisode est déconseillée.
Sur la
peau, des réactions de sensibilisation sont documentées : testez sur une petite surface avant une application étendue.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Une plaie qui
ne se referme pas au bout de deux semaines, qui devient rouge, chaude et douloureuse, qui suinte ou s'accompagne de fièvre, n'est plus une plaie mineure et se montre. C'est particulièrement vrai chez une personne diabétique ou artéritique, chez qui une plaie du pied est une urgence de prise en charge, pas un sujet d'automédication.
Un ulcère de jambe, une plaie qui creuse, une morsure animale ou une plaie souillée relèvent du médecin d'emblée. Côté foie, un jaunissement de la peau ou du blanc des yeux, des urines foncées ou une fatigue inhabituelle imposent d'arrêter le produit et de consulter.
Sources
Pharmacopée française,
Hydrocotyle asiatica pour préparations homéopathiques, 1989 · Pharmacopée européenne, monographie
Centellae asiaticae herba · ANSM, liste A des plantes médicinales, édition janvier 2021 · EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Centella asiatica (L.) Urb., herba, révision 1, 30 mars 2022, et rapport d'évaluation correspondant · ANSM, base de données publique des médicaments, résumé des caractéristiques du produit de la spécialité à base d'extrait titré de centella · National Institutes of Health,
LiverTox, notice
Centella asiatica, mise à jour du 24 avril 2024 · Chong et Aziz,
Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2013 · Arribas-López et coll.,
International Journal of Environmental Research and Public Health, 2022.