Origine
L'alchémille est une Rosacée des prairies humides, reconnaissable à la goutte de rosée qui perle au centre de sa feuille plissée. La teinture mère est préparée à partir de la partie aérienne. Une monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques existe sous le nom
Alchémille vulgaire, Alchemilla vulgaris, millésime
2002.
Un nom qui recouvre douze espèces
Voici la particularité botanique de cette plante, et elle a des conséquences concrètes sur ce que contient un flacon.
Alchemilla vulgaris n'est pas une espèce au sens habituel. C'est un
agrégat d'une douzaine de micro-espèces apomictiques, morphologiquement très proches, qui s'hybrident fréquemment. Les référentiels n'ont pas résolu le problème, ils l'ont contourné par une convention de nommage : la Pharmacopée européenne vise
Alchemilla vulgaris L.
sensu latiore, c'est-à-dire au sens large, et la liste A française retient
Alchemilla xanthochlora Rothm., présentée comme équivalente à ce sens large.
D'où un fait que peu de fiches relèvent :
les deux référentiels de l'ANSM ne nomment pas la même plante. La liste des plantes médicinales dit
xanthochlora, l'index des souches homéopathiques dit
vulgaris. Le nom porté sur un flacon de teinture mère est le nom homéopathique, pas le nom botanique retenu pour la drogue végétale. Ce n'est pas une erreur d'étiquetage, c'est l'héritage de deux traditions de nomenclature.
L'alchémille figure par ailleurs parmi les plantes libérées du monopole pharmaceutique par le décret du 22 août 2008, sous la formule «
Alchemilla vulgaris L. (sensu latiore), partie aérienne, en l'état ».
Ce que dit la réglementation
Le fait marquant est une absence :
il n'existe aucune monographie européenne pour l'alchémille. Le comité des médicaments à base de plantes ne l'a pas traitée.
La conséquence est directe et mieux vaut l'énoncer sans détour : aucune indication européenne ne peut être revendiquée pour cette plante, ni en usage traditionnel, ni en usage bien établi. Rien à citer, parce que rien n'a été évalué.
Les référentiels qui font autorité en pratique sont donc nationaux ou associatifs. La Commission E allemande a rendu une monographie positive sur les
diarrhées non spécifiques légères. L'ESCOP, en
2013, retient pour les parties aériennes fleuries la diarrhée non spécifique et les troubles gastro-intestinaux, ainsi que les ulcérations buccales mineures.
L'usage gynécologique : ce qu'on peut en dire honnêtement
L'alchémille est vendue partout comme la plante du cycle féminin, du syndrome prémenstruel et de la préménopause. Autant vous dire d'où vient cette réputation et où elle s'arrête.
Elle vient de la médecine populaire européenne, où l'usage est ancien et constant. Elle ne vient pas des référentiels : les indications reconnues par la Commission E et l'ESCOP portent sur le
versant digestif et buccal, pas sur le cycle. Et à ce jour,
aucun essai clinique chez la femme n'a été publié sur les règles ou la ménopause.
Les seuls essais humains disponibles portent sur la bouche, et ils sont contrastés : une étude ouverte de 2006 sur 48 patients rapporte un bénéfice d'un gel à 3 pour cent d'alchémille sur les aphtes, tandis qu'un essai randomisé en double aveugle de 2021, sur 88 patients, ne retrouve pas de bénéfice d'un spray oropharyngé comparé à la dexaméthasone.
En clair : l'usage gynécologique traditionnel existe et il est respectable, il est simplement
traditionnel. Sur le plan de la composition, la richesse en tanins est le fil conducteur des deux usages, digestif et gynécologique, puisque c'est une propriété astringente qui est recherchée dans les deux cas. Sur le cycle, la plante que l'Europe a réellement documentée est le
gattilier, avec un mécanisme identifié et des règles de délivrance précises : la comparaison vaut la peine avant de choisir.
Précautions
Faute de monographie européenne, il n'existe pas de position officielle sur la grossesse, l'allaitement ou l'enfant. Cette absence n'est pas un feu vert : elle appelle plutôt de la retenue, et en particulier de ne pas utiliser la plante pendant la grossesse ni chez l'enfant sans avis.
Le
catalogue A à Z permet de comparer l'alchémille et le gattilier, et
notre page d'usage donne le dosage en gouttes.
La richesse en tanins peut gêner l'estomac à jeun et diminuer l'absorption du fer alimentaire : si vous avez une anémie ou une supplémentation en fer, espacez les prises d'au moins deux heures.
Un point de bon sens sur la durée : sur une gêne du cycle, jugez sur deux à trois cycles complets, pas sur quinze jours.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Trois situations sortent du champ de l'automédication et justifient un rendez-vous.
Des règles
très abondantes, qui obligent à changer de protection toutes les heures ou s'accompagnent de fatigue, d'essoufflement ou de pâleur, orientent vers une anémie et se documentent par une prise de sang. Un
saignement entre les règles, ou après un rapport, se fait examiner. Et tout
saignement survenant après la ménopause, même minime et même une seule fois, impose une consultation gynécologique sans attendre.
Côté digestif, une diarrhée qui dépasse trois jours, qui contient du sang ou des glaires, ou qui s'accompagne de fièvre et de signes de déshydratation, relève du médecin.
Sources
ANSM, index des souches de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques,
Alchemilla vulgaris, 2002 · ANSM, liste A des plantes médicinales, édition janvier 2021 · Décret n° 2008-841 du 22 août 2008 · EMA/HMPC, liste des monographies européennes, absence d'entrée pour
Alchemilla · ESCOP, monographie
Alchemillae herba, 2013 · Jelača et coll.,
Molecules, 2022, sur le complexe d'espèces · Shrivastava et John,
Clinical Drug Investigation, 2006 · Chung et coll.,
Anesthesia and Pain Medicine, 2021.