Origine
Vitex agnus-castus L., le gattilier, aussi appelé poivre des moines. Famille des Lamiacées, anciennement classé dans les Verbénacées, et les listes de l'ANSM portent encore l'ancien rattachement. Particularité par rapport à la plupart des teintures mères : la souche part du
fruit séché, pas de la plante fraîche. La monographie de la Pharmacopée française pour préparations homéopathiques (2004) impose un fruit titrant au moins 0,05 pour cent d'aucubine, et une teinture mère à l'éthanol 65 pour cent en volume, titrant au moins 0,004 pour cent d'aucubine.
Ce que dit la réglementation
Le gattilier fait partie des rares plantes à disposer d'une
monographie européenne à double volet, révisée le 27 mars 2018. Le volet
usage bien établi, qui est le niveau de reconnaissance le plus élevé et reste peu fréquent en phytothérapie, porte sur le
traitement du syndrome prémenstruel. Le volet usage traditionnel vise le soulagement des symptômes mineurs des jours précédant les règles.
La monographie recommande une
utilisation continue sur trois mois pour juger de l'effet, et une consultation si les symptômes persistent au-delà. L'ANSM inscrit le gattilier à la liste A, sommité fleurie et fruit, sans restriction d'usage cutané.
Le point qui change la délivrance : prolactine et hypophyse
Le gattilier n'est pas une plante douce. Son mécanisme documenté est une
action dopaminergique : ses constituants inhibent la libération de prolactine en se liant au récepteur D2 des cellules lactotropes de l'hypophyse. Autrement dit, il agit sur la
même cible que la bromocriptine ou la cabergoline, les médicaments prescrits dans l'hyperprolactinémie.
D'où la mise en garde de la monographie européenne, qui mérite d'être comprise et pas seulement récitée : chez une femme porteuse d'une
tumeur hypophysaire sécrétant de la prolactine, la prise de gattilier peut
masquer les symptômes. Une galactorrhée qui s'arrête, une aménorrhée qui se corrige, et le diagnostic d'un prolactinome recule d'autant.
La règle que nous appliquons : devant un écoulement mammaire ou une aménorrhée, on ne délivre pas de gattilier avant un
dosage de prolactine. Devant un simple syndrome prémenstruel, la question ne se pose pas de la même manière.
Deux marqueurs pour la même plante
Détail technique qui a des conséquences réelles sur les certificats d'analyse. La Pharmacopée européenne contrôle le gattilier de
phytothérapie sur la
casticine, un flavonoïde. La Pharmacopée française contrôle la
souche homéopathique sur l'
aucubine, un iridoïde. Deux familles chimiques différentes, deux référentiels : un certificat « conforme Pharmacopée européenne » ne suffit pas à qualifier une teinture mère au titre de la Pharmacopée française.
Autre repère utile : la dose retenue pour l'usage bien établi est de
20 mg par jour d'un extrait sec concentré, soit l'équivalent d'environ 120 à 240 mg de fruit sec. Ce n'est pas une grosse dose. Augmenter les gouttes ne rapproche pas du traitement validé, cela en éloigne.
Précautions
Non recommandé avant 18 ans, adolescentes pubères comprises, faute de données suffisantes. C'est un seuil plus élevé que la plupart des plantes du rayon, et il vise précisément la population qui consulte pour des troubles du cycle.
Avis médical requis en cas de
cancer hormonosensible, actuel ou ancien, en cas d'antécédent de trouble hypophysaire, et chez toute patiente sous
agoniste ou antagoniste dopaminergique. Les interactions avec les traitements dopaminergiques, les œstrogènes et les anti-œstrogènes ne peuvent pas être exclues. Non recommandé pendant la grossesse et l'allaitement. Effets indésirables rapportés : céphalées, vertiges, nausées, douleurs abdominales, troubles du cycle, et de rares réactions allergiques sévères avec œdème du visage et gêne à la déglutition.
Sur le cycle féminin, la distinction mérite d'être posée : le gattilier est la plante réellement documentée sur ce terrain, quand l'
alchémille y relève d'un usage traditionnel que les référentiels n'ont pas retenu. Dosage sur
notre page d'usage.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Un
écoulement mammaire, une
aménorrhée qui s'installe, des céphalées inhabituelles associées à des troubles visuels, un syndrome prémenstruel qui désorganise la vie professionnelle ou familiale. Et toute absence d'amélioration après trois mois de prise régulière : ce n'est plus une question de dose.
Sources
EMA/HMPC, monographie européenne
Vitex agnus-castus L., fructus, révision 1, 27 mars 2018, et rapport d'évaluation correspondant · Pharmacopée française,
Gattilier pour préparations homéopathiques, 2004 · ANSM, liste A des plantes médicinales.