Origine
Une plante, deux genres. Le nom accepté par la botanique est
Sisymbrium officinale (L.) Scop., Brassicacées ;
Erysimum officinale L. en est le synonyme, et c'est ce nom que le commerce et l'usage homéopathique ont conservé. La liste A française porte les deux : «
Sisymbrium officinale (L.) Scop. (=
Erysimum officinale L.) ». Si vous voyez l'un ou l'autre sur un flacon, il s'agit bien de la même plante, l'herbe aux chantres.
Il existe une monographie de la
drogue végétale à la Pharmacopée française, millésime
1998 : parties aériennes fleuries séchées, avec un dosage minimal de
0,3 pour cent de glucosinolates totaux. En revanche, aucune monographie de souche homéopathique n'a été trouvée à l'index des préparations homéopathiques : la teinture mère relève du texte général de la Pharmacopée.
Liste A des plantes médicinales : feuille et sommité fleurie. Absent de la liste B.
Ce que dit la réglementation
La monographie européenne existe, adoptée le
30 septembre 2014, en
usage traditionnel, sur les parties aériennes fleuries. Son libellé exact : « médicament traditionnel à base de plantes pour le soulagement des symptômes d'irritation de la gorge tels que l'enrouement et la toux sèche ».
L'usage sur la voix, celui qui a valu à la plante son surnom d'herbe aux chantres, est donc bel et bien reconnu au niveau européen. C'est plutôt rare dans ce rayon, et cela mérite d'être souligné.
La restriction porte sur la forme. Les seules préparations retenues sont des
extraits secs aqueux, aux rapports drogue sur extrait de 3,5 à 5,5 pour 1 et de 6 à 8 pour 1, par voie orale et oromucosale.
Aucune préparation hydroalcoolique n'est couverte, donc pas de teinture. C'est un point à connaître avant d'attendre d'une teinture mère ce qu'un extrait aqueux a démontré, ce qui nous amène au paragraphe suivant.
En France, une spécialité avec autorisation de mise sur le marché porte cette indication en pastilles, à base d'extrait sec aqueux des parties aériennes fleuries, au rapport 3,5 à 5,5 pour 1, avec le libellé européen mot pour mot.
Une plante qui n'agit qu'après transformation
Voici le mécanisme, et il explique pourquoi la forme galénique n'est pas un détail sur cette plante.
La composition documentée par le rapport européen donne des glucosinolates totaux de 0,63 à 0,94 pour cent, des
mucilages de 10,9 à 13,5 pour cent et des flavonoïdes autour de 0,5 pour cent. Les mucilages expliquent l'effet adoucissant sur une gorge irritée, et ils sont hydrosolubles : c'est cohérent avec le choix européen des extraits aqueux.
Le glucosinolate majoritaire n'est d'ailleurs pas la sinigrine que l'on cite habituellement pour les Brassicacées, mais la
glucoputranjivine. Or ni la glucoputranjivine ni la sinigrine ne sont actives telles quelles : ce sont leurs produits d'hydrolyse par la myrosinase, des isothiocyanates, qui activent le récepteur sensoriel impliqué. Autrement dit, l'érysimum fonctionne en
prodrogue, et le broyage comme la conservation de la matière première deviennent critiques.
Le niveau de preuve, et la question thyroïdienne
Sur les essais, la position européenne est sans détour : aucune étude clinique portant sur des produits à base d'herbe aux chantres n'a été trouvée dans la littérature. La reconnaissance repose entièrement sur la tradition d'usage, ce qui est précisément le sens du statut d'usage traditionnel.
Sur la thyroïde, une mise au point s'impose. On lit parfois que les Brassicacées sont goitrigènes à cause de leurs glucosinolates, et l'inquiétude est transposée à l'érysimum.
Le rapport européen ne contient aucune donnée en ce sens pour cette espèce. C'est une extrapolation de famille botanique, pas un fait documenté. Nous préférons le dire ainsi plutôt que d'ajouter une précaution que rien ne fonde, ou de balayer la question sans l'avoir regardée.
Précautions
Une gorge qui reste irritée ou une voix qui ne revient pas au-delà de quelques jours ne se traite plus seule. En cas de grossesse, d'allaitement, ou chez l'enfant, demandez conseil avant d'utiliser cette teinture mère.
Le
catalogue A à Z liste les autres plantes du rayon, et
notre page d'usage le nombre de gouttes et le moment de la prise.
Une remarque de bon sens sur l'enrouement : la première mesure, avant toute plante, c'est le
repos vocal. Ni murmure ni chuchotement, qui forcent davantage les cordes vocales qu'une voix parlée basse. Et l'arrêt du tabac, qui est le principal facteur d'irritation chronique.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Le drapeau rouge est net : une
voix enrouée depuis plus de trois semaines chez un adulte, en particulier fumeur ou consommateur régulier d'alcool, impose un examen des cordes vocales par un ORL. C'est le signe d'appel numéro un du cancer du larynx, et c'est un cancer de bon pronostic quand il est vu tôt.
Se font aussi voir sans attendre : une difficulté à avaler, une douleur qui irradie vers l'oreille, une masse dans le cou, une perte de poids, une gêne respiratoire ou un enrouement apparu brutalement après une intervention sur la thyroïde. Chez l'enfant, une voix rauque avec une respiration bruyante relève de l'urgence.
Sources
EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Sisymbrium officinale (L.) Scop., herba, 30 septembre 2014, et rapport d'évaluation correspondant · Pharmacopée française, monographie
Érysimum, 1998 · ANSM, listes A et B des plantes médicinales, et index des souches pour préparations homéopathiques · ANSM, base de données publique des médicaments, résumé des caractéristiques du produit de la spécialité en pastilles à base d'érysimum · Borgonovo et coll.,
Molecules, 2019, sur les glucosinolates de l'espèce · Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens Kew, pour la nomenclature.