Origine
Curcuma longa L., Zingibéracées. La drogue est le
rhizome. Point de départ à connaître : il n'existe
aucune monographie française de souche homéopathique pour le curcuma. La teinture mère relève du texte général de la Pharmacopée sur les teintures mères, sans texte propre à la plante et sans titrage opposable en curcuminoïdes.
Côté liste A des plantes médicinales, le curcuma long figure sous le nom
Curcuma domestica Vahl, rhizome, avec la double mention d'usage traditionnel européen et chinois.
Ce que dit la réglementation
Monographie européenne du rhizome, révision 1, datée du
25 septembre 2018, en
usage traditionnel. L'usage bien établi a été demandé et
refusé : le rapport d'évaluation conclut que les données cliniques disponibles ne suffisent pas à le soutenir.
Indication, dans son libellé exact : « médicament traditionnel à base de plantes utilisé pour le soulagement des troubles digestifs, tels que la sensation de réplétion, la digestion lente et les flatulences ».
Retenez la portée réelle : l'Europe reconnaît le curcuma comme un
digestif, pas comme un anti-inflammatoire. C'est un écart considérable avec le discours commercial qui entoure cette plante.
Bonne nouvelle en revanche pour la forme galénique : la monographie retient explicitement deux teintures, au
1 pour 10 et au 1 pour 5, à l'éthanol 70 pour cent. Contrairement à beaucoup de plantes de ce rayon, la teinture n'est pas hors périmètre ici.
La biodisponibilité, sans promesse
Le rapport européen le dit sans détour : la curcumine présente une faible biodisponibilité systémique, en raison d'une solubilité faible, d'une absorption intestinale médiocre et d'un métabolisme rapide.
Les industriels contournent l'obstacle par des formes potentialisées. L'ANSES a chiffré ces gains dans son avis de 2022 : facteur 20 avec la pipérine, 29 avec les phytosomes, 27 à 40 avec les nanoparticules, 185 avec les formes micellaires.
Et une teinture mère hydroalcoolique dans tout cela ?
Aucune donnée ne permet de lui attribuer un gain de biodisponibilité. L'éthanol solubilise les curcuminoïdes dans le flacon, ce qui n'est pas la même chose que les faire passer la barrière intestinale. Nous préférons le dire plutôt que de laisser entendre l'inverse. Sur le versant digestif, le
romarin et la
gentiane jouent dans le même registre, avec des mécanismes différents, et
notre page d'usage donne le dosage en gouttes.
Le foie : ce que le curcuma a de particulier
C'est le sujet de vigilance actuel, et il mérite d'être expliqué correctement plutôt que brandi ou passé sous silence.
L'
ANSES, dans son avis du
12 mai 2022, a analysé 120 signalements reçus depuis 2009 au titre de la nutrivigilance, dont 15 cas hépatiques exploitables, 3 de sévérité élevée. Elle en a tiré une dose journalière admissible de
3 mg de curcumine par kilogramme de poids corporel.
L'
EMA, dans un addendum du
19 novembre 2025, a réexaminé les séries publiées et conclu que la causalité n'est pas établie et qu'
aucune toxicité hépatique n'a été rapportée aux posologies de la monographie. Elle n'a donc pas révisé son texte, mais a renvoyé à la prochaine révision l'ajout d'une mise en garde visant spécifiquement les
formes à biodisponibilité augmentée.
Le point que presque personne ne raconte, et qui réconcilie ces deux lectures : l'atteinte hépatique au curcuma n'est pas une toxicité de dose classique, c'est une réaction
idiosyncrasique à substrat génétique. Le registre LiverTox des instituts américains de santé retrouve l'allèle
HLA-B*35:01 chez plus de 70 pour cent des patients atteints, contre 10 à 15 pour cent en population générale. Le délai d'apparition va d'un à quatre mois, le profil est hépatocellulaire.
Traduction au comptoir : le risque est faible et concerne surtout les formes concentrées et potentialisées, pas l'épice ni une prise raisonnable. Mais il est réel chez quelques personnes, et il ne prévient pas.
Précautions
La mise en garde européenne est claire et souvent mal citée : usage
non recommandé en cas d'obstruction des voies biliaires, de cholangite, de maladie du foie, de calculs biliaires et de toute autre affection biliaire. Le curcuma est cholérétique, il fait travailler la vésicule, ce qui est précisément ce qu'on ne veut pas sur un canal obstrué.
Grossesse et allaitement : non recommandé. Interactions : la monographie indique « aucune rapportée ». Le rapport d'évaluation mentionne des signaux avec les anti-inflammatoires, les antiagrégants et un cas isolé sous warfarine, mais souligne que la preuve clinique manque. Si vous prenez un anticoagulant, signalez-le, c'est un ajustement de vigilance, pas une interdiction.
Durée : un avis médical s'impose si les symptômes digestifs persistent au-delà de
deux semaines.
Quand consulter plutôt que traiter soi-même
Sur le foie, quatre signes imposent l'arrêt du produit et une consultation rapide : un
jaunissement de la peau ou du blanc des yeux, des urines foncées, des selles décolorées, une fatigue inhabituelle avec nausées et perte d'appétit. Un bilan hépatique tranche en une prise de sang.
Sur le versant digestif, une douleur du creux de l'estomac qui réveille la nuit, une gêne qui s'accompagne d'un amaigrissement, de vomissements répétés, de sang dans les selles, ou qui apparaît après 50 ans, se fait explorer. Et une douleur violente sous les côtes à droite, irradiant vers l'épaule, avec fièvre, évoque une colique hépatique : elle relève de l'urgence, pas d'une plante.
Sources
EMA/HMPC,
European Union herbal monograph on Curcuma longa L., rhizoma, révision 1, 25 septembre 2018, rapport d'évaluation correspondant et addendum du 19 novembre 2025 · ANSES, avis 2019-SA-0111 du 12 mai 2022 sur les compléments alimentaires à base de curcuma, et
Vigil'Anses n° 17, juin 2022 · ANSM, liste A des plantes médicinales et liste des monographies françaises en vigueur · National Institutes of Health,
LiverTox, notice
Turmeric, mise à jour du 16 juin 2025.