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Inflammation

Ce rayon ne traite pas la crise, il travaille le terrain

Une entorse qui gonfle, une lombalgie qui bloque, une rage de dents : c'est de l'inflammation aiguë, elle se traite vite et fort. Nos conseils sur ce point sont réunis sur la page anti-inflammatoires.

Ici, nous parlons d'autre chose. L'inflammation chronique de bas grade est une braise qui couve : pas de rougeur, pas de gonflement spectaculaire, mais une fatigue persistante, des raideurs matinales, des douleurs articulaires diffuses, un transit capricieux. Elle ne se soigne pas en trois jours. Elle se corrige sur trois à six mois, et pas seulement avec des gélules.

Le dosage que personne ne demande

La CRP classique du bilan sanguin détecte les inflammations franches. Elle est régulièrement rendue « normale » alors qu'une inflammation de fond est installée, parce que son seuil de détection est trop haut pour cela.

Le dosage qui répond à cette question s'appelle la CRP ultrasensible. Il descend bien plus bas et sert de repère de risque cardiovasculaire : en dessous de 1 mg/L on considère le niveau bas, entre 1 et 3 mg/L intermédiaire, au-dessus de 3 mg/L élevé.

Deux précautions avant d'en tirer des conclusions : un rhume, une rage de dents ou une séance de sport intense la veille font monter le chiffre, il faut donc doser à distance de tout épisode aigu et contrôler à trois mois. Et ce dosage s'interprète avec votre médecin, pas seul devant un résultat.

Le levier le plus efficace n'est pas dans une gélule

Le rapport entre oméga-6 et oméga-3 de votre alimentation détermine en partie la production de médiateurs inflammatoires. L'alimentation occidentale tourne autour de 15 pour 1, parfois 20 pour 1. L'objectif communément retenu est plutôt de l'ordre de 5 pour 1.

Et voici ce qui change tout : on n'y arrive pas en ajoutant des oméga-3, on y arrive surtout en réduisant les oméga-6. Huile de tournesol, huile de maïs, huile de pépins de raisin, produits transformés qui en sont pleins. Passez à l'huile de colza et à l'huile d'olive, ajoutez des petits poissons gras deux fois par semaine, et le rapport bouge vraiment. Voir notre rayon oméga 3.

Les actifs de fond, et leurs vraies limites

ActifMécanisme et intérêtCe qu'il faut savoir
CurcumaLa curcumine agit sur plusieurs voies inflammatoires. Beaucoup de données sur les douleurs articulaires.Absorption très faible sous forme brute. Il faut une forme optimisée, phytosomes, micellaire ou associée à la pipérine. Un curcuma de cuisine en gélule n'apporte presque rien. Interaction avec les anticoagulants, à écarter en cas d'obstruction des voies biliaires ou de calculs.
Boswellia serrataLes acides boswelliques inhibent la 5-lipoxygénase, donc la voie des leucotriènes. Un mécanisme différent de celui des AINS, qui agissent sur les cyclo-oxygénases.Bien toléré. Compter six à huit semaines pour juger. Quelques troubles digestifs au début.
Oméga-3 EPA et DHAPrécurseurs des résolvines, les molécules qui éteignent activement l'inflammation.Regardez la dose d'EPA+DHA, pas celle de l'huile totale. Prudence sous anticoagulant.
GingembreGingérols, effet modeste sur les douleurs articulaires et bon confort digestif.Peut majorer les brûlures d'estomac chez certains.
Ortie (feuille et racine)Reminéralisante, traditionnellement utilisée sur les douleurs articulaires.Effet doux, s'inscrit dans une cure longue.
Vitamine DStatut bas très fréquent, avec un rôle immunomodulateur documenté.Un dosage vaut mieux qu'une prise à l'aveugle.

L'intestin, le point aveugle

Une part de l'inflammation de fond se joue au niveau de la barrière intestinale. Quand elle devient plus perméable, des fragments bactériens passent dans la circulation et entretiennent une stimulation immunitaire permanente. C'est la raison pour laquelle la L-glutamine, les probiotiques et le travail sur la flore figurent dans ce rayon aux côtés du curcuma.

Nous restons mesurés sur le niveau de preuve : le mécanisme est décrit, l'ampleur de l'effet chez une personne donnée l'est beaucoup moins. Mais quand quelqu'un cumule ballonnements, transit irrégulier et douleurs diffuses, commencer par là a du sens. Voir probiotiques et flore intestinale.

Ce qui pèse autant que les compléments

  • Le sommeil. Une dette de sommeil chronique élève les marqueurs inflammatoires, c'est l'un des liens les mieux établis.
  • Le tour de taille. Le tissu graisseux abdominal est un organe qui sécrète des molécules pro-inflammatoires. Perdre quelques centimètres fait davantage que n'importe quelle gélule de ce rayon. Voir perte de poids.
  • L'activité physique régulière, y compris d'intensité modérée. Elle abaisse durablement les marqueurs.
  • Le tabac, qui entretient à lui seul un état inflammatoire permanent.
  • Les sucres rapides et l'alcool, qui font monter la note sans qu'on s'en aperçoive.

Quand l'inflammation chronique doit être explorée

SigneCe qu'il faut faire
Raideur matinale de plus de 30 minutes, articulations gonflées des deux côtésConsultation, piste rhumatisme inflammatoire
Fièvre prolongée sans cause, sueurs nocturnes, amaigrissementConsultation sans délai
Douleurs articulaires avec éruption cutanée ou aphtes récidivantsAvis médical
Diarrhée chronique, sang dans les selles, douleurs abdominalesConsultation, piste maladie inflammatoire de l'intestin
CRP durablement élevée sans infection identifiéeBilan médical
Douleur inflammatoire du dos qui réveille en seconde partie de nuitAvis rhumatologique

L'inflammation chronique n'est pas un diagnostic en soi : c'est un état qui peut recouvrir une maladie précise. Ce rayon accompagne un terrain, il ne remplace pas la recherche d'une cause.

Les questions qu'on nous pose souvent

Le curcuma du placard suffit-il ?

Non, et c'est important à savoir avant d'acheter. La curcumine seule passe très mal la barrière intestinale. Sans forme galénique adaptée ou sans pipérine associée, l'essentiel de la dose ne fait que traverser. C'est le premier point que nous vérifions sur une étiquette.

Combien de temps avant de sentir un effet ?

Six à huit semaines pour le boswellia et le curcuma, deux à trois mois pour les oméga-3, davantage pour le travail alimentaire. Si vous cherchez un soulagement dans la journée, vous êtes sur la mauvaise page : allez plutôt voir les anti-inflammatoires.

Peut-on associer ces produits à un anti-inflammatoire prescrit ?

Souvent oui, parfois non. Curcuma, oméga-3, gingembre et boswellia ont tous une petite action sur l'agrégation plaquettaire, et le cumul avec un AINS ou un anticoagulant se discute. Apportez-nous votre ordonnance.

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