Une articulation qui devient brutalement rouge, chaude, gonflée et si douloureuse que le drap est insupportable, le plus souvent le gros orteil, la nuit. C'est le tableau de la crise de goutte. Cette page traite deux choses : ce qui se passe pendant la crise, et pourquoi le dosage sanguin qu'on vous a fait pendant la crise peut vous avoir induit en erreur.
C'est le point le plus utile de cette page et il est mal connu. L'uricémie baisse pendant la crise. Dans une série de 339 crises, 14 % des patients avaient une uricémie franchement normale au moment de l'accès, et 32 % étaient sous le seuil de 8 mg/dL. Un travail plus récent retrouve une baisse d'environ 12 % pendant la crise par rapport à la période sans douleur, et 10 patients sur 32 avaient une valeur normale.
Conséquence pratique : si votre médecin a dosé l'acide urique pendant l'accès et vous a dit que c'était normal, la goutte n'est pas écartée. Le dosage se refait à distance, deux à quatre semaines après la fin de la crise. La cible retenue par les recommandations européennes et américaines pour un patient goutteux traité est une uricémie sous 60 mg/L, soit 360 µmol/L.
Beaucoup de patients ont encore en tête l'ancien schéma, et certains gardent chez eux une boîte entamée avec l'ancienne notice. L'ANSM a revu la posologie en octobre 2023, à la baisse, après un nombre d'intoxications jugé trop important. Le schéma de la crise est désormais :
La colchicine a une marge thérapeutique étroite, ce qui veut dire que la dose utile et la dose toxique sont proches. D'où la règle suivante, qui est la plus importante de la page.
C'est le premier signe de surdosage. La formule de l'ANSM est sans ambiguïté : en cas de diarrhée, de nausée ou de vomissements, signes de surdosage potentiel, le traitement par la colchicine doit être réduit ou arrêté. Depuis juillet 2023, un message d'alerte figure d'ailleurs sur les boîtes.
Un piège particulier concerne la spécialité qui associe la colchicine à de l'opium et à un antispasmodique. L'ANSM signale que ces composants peuvent masquer les diarrhées, c'est-à-dire supprimer le signal d'alarme tout en laissant la toxicité s'installer. Si c'est cette forme que vous prenez, la vigilance doit porter sur les nausées et sur un état général qui se dégrade.
Nous refusons la délivrance dans ces situations, et nous appelons le prescripteur.
Si vous êtes sous colchicine et qu'un médecin vous prescrit un antibiotique pour une angine ou une bronchite, dites-le. C'est exactement la circonstance où l'accident survient.
L'allopurinol et le fébuxostat abaissent l'uricémie. Deux idées reçues à corriger, sur la base des recommandations de l'American College of Rheumatology : on n'arrête pas un hypo-uricémiant en cours parce qu'une crise survient, et l'initiation pendant la crise est possible dès lors qu'un traitement anti-inflammatoire est associé. L'allopurinol se commence à faible dose, 100 mg par jour ou moins, puis se monte progressivement toutes les deux à cinq semaines.
Sur l'allopurinol, une consigne de délivrance qui ne se négocie pas. L'ANSM a signalé une incidence encore élevée de toxidermies graves, survenant le plus souvent au cours des deux premiers mois de traitement, et jugeait 60 % des cas notifiés évitables parce que l'indication n'était pas justifiée. La règle : toute éruption cutanée apparaissant sous allopurinol impose l'arrêt immédiat et un avis médical. Et l'hyperuricémie sans symptôme ne se traite pas.
La hiérarchie compte plus que les listes d'interdits. L'alcool, et la bière en particulier, arrive en tête. Viennent ensuite le fructose des boissons sucrées, les abats et certains fruits de mer.
Les légumes riches en purines, asperges, épinards, chou-fleur, champignons, sont en revanche largement innocentés par les données modernes : leur charge en purines existe mais leur consommation n'est pas associée au risque de crise comme l'est celle des purines animales. Continuer à les supprimer appauvrit l'alimentation sans bénéfice démontré.
Un point à vérifier sur votre ordonnance, parce qu'il est fréquent : les diurétiques thiazidiques, l'aspirine à faible dose et la ciclosporine font monter l'uricémie. Aucun ne s'arrête de sa propre initiative, mais un patient goutteux sous thiazidique mérite que la question soit posée à son médecin.
Autant l'écrire franchement : aucun produit de cette page ne traite une crise de goutte. Ce qui la traite, c'est un anti-inflammatoire, la colchicine ou un corticoïde, sur prescription.
Sur le jus de cerise de Montmorency, très demandé : les données existent mais elles sont de faible niveau et portent sur de petits effectifs. Ce n'est pas un traitement, et cela ne remplace pas un hypo-uricémiant chez un patient qui en a besoin.
Pendant la crise, ce qui soulage sans risque : le repos de l'articulation, la surélévation, et le froid appliqué à travers un linge. Pour le rayon articulaire au sens large, voir harpagophytum.
Quelques jours à deux semaines sans traitement. Un traitement bien conduit et commencé tôt raccourcit nettement l'accès. Une articulation qui reste rouge et chaude au-delà, ou une fièvre associée, imposent d'écarter une infection articulaire, qui est une urgence.
Un apport hydrique correct est utile, notamment pour le rein et le risque de calculs. Ce n'est pas ce qui arrête une crise.
Il existe une part génétique dans la façon dont le rein élimine l'acide urique, et les antécédents familiaux sont fréquents. Cela n'enlève rien au poids de l'alcool, du surpoids et des médicaments, sur lesquels on peut agir.
Non, pas en l'absence de symptôme. L'ANSM le rappelle explicitement dans ses règles de bon usage de l'allopurinol, dont les toxidermies graves étaient jugées évitables dans 60 % des cas faute d'indication justifiée.
Page rédigée par l'équipe de pharmaciens de la Pharmacie Homéopathique Centrale. Mise à jour : août 2026. Sources : ANSM (informations de sécurité colchicine 2022 et 2023, allopurinol), résumés des caractéristiques du produit, recommandations de l'American College of Rheumatology, Agence européenne du médicament, Journal of Rheumatology, Frontiers in Endocrinology. Ces conseils ne remplacent pas un avis médical.
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