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9 avril 2019Apis mellifica, c’est l’abeille. La souche est préparée à partir de l’insecte entier, venin compris, et son tableau d’usage se reconnaît à trois signes qui vont toujours ensemble : ça gonfle, c’est rosé, et le froid soulage. Si vous retenez ces trois-là, vous saurez quand y penser et quand passer à autre chose.
Le tableau où l’on pense à Apis mellifica
Un œdème rosé, luisant, qui pique et qui brûle. La douleur ressemble à celle d’une piqûre, d’où le nom. Et surtout, le patient réclame du froid : il retire les couvertures, il applique un linge humide, il refuse la chaleur. Ce détail du soulagement par le froid est le plus discriminant de tous.
Les situations où ce tableau se rencontre le plus souvent au comptoir :
- une paupière gonflée au réveil, un œil qui larmoie et que le froid apaise
- une piqûre d’insecte avec une réaction locale ample et rosée
- des plaques d’urticaire qui migrent, mieux à l’air frais
- une gorge très rouge avec une sensation de gonflement, et une envie de boire froid
- des doigts ou des chevilles gonflés par la chaleur
La confusion la plus fréquente se fait avec Belladonna. Les deux donnent du rouge et de la chaleur, mais Belladonna donne un rouge vif, battant, sec, aggravé par le mouvement et la lumière. Apis donne un gonflement rosé, translucide, avec cette exigence de froid. Quand vous hésitez, la question à poser est simple : est-ce que le froid fait du bien ou du mal ?
Ce que la réglementation permet d’écrire, et ce qu’elle interdit
Autant être précis, parce que c’est mal connu et que ça explique pourquoi vous ne trouverez aucune indication sur la boîte.
Apis mellifica est un médicament homéopathique à nom commun soumis à enregistrement, pas à autorisation de mise sur le marché. L’enregistrement relève de l’article L5121-13 du code de la santé publique, qui impose trois conditions cumulatives : administration par voie orale ou externe, absence d’indication thérapeutique particulière sur l’étiquetage, et un degré de dilution garantissant l’innocuité, avec un plafond fixé à une partie pour 10 000 de la teinture mère.
Conséquence directe, et la base de données publique des médicaments le dit noir sur blanc : aucune indication thérapeutique, aucune posologie et aucune notice ne sont attribuées à ce type de médicament. C’est au professionnel de santé de déterminer l’usage. Ce que vous lisez plus haut relève donc de la pratique homéopathique et de notre expérience de comptoir, pas d’une indication officielle.
Un point de nomenclature, puisque les deux orthographes circulent. Le nom scientifique valide de l’abeille domestique est Apis mellifera, décrit par Linné en 1758. Linné l’a lui-même rebaptisée mellifica en 1761, « qui fait le miel », plus juste que « qui porte le miel ». La règle de priorité en nomenclature zoologique a rétabli mellifera, mais la dénomination pharmaceutique a gardé mellifica. Les deux désignent le même insecte.
Une précision d’honnêteté sur la matière première : il n’existe pas de monographie française propre à cette souche dans la liste des préparations homéopathiques de la Pharmacopée. La préparation relève donc des monographies générales européennes, la teinture mère d’origine animale étant obtenue par macération. La littérature homéopathique et la base de données de l’agence américaine décrivent l’insecte entier ; certains fabricants hors de France déclarent le venin seul comme substance active. Nous préférons vous le dire plutôt que d’affirmer une version unique.
Une piqûre d’abeille ou de guêpe : les signes qui imposent le 15
Puisque cette page attire surtout des gens qui viennent d’être piqués, voici la partie la plus importante. Aucune souche homéopathique ne traite une réaction allergique grave. Appelez le 15 ou le 112 devant :
- une difficulté à respirer ou à avaler
- un gonflement de la langue, des lèvres, de la gorge ou des yeux
- des étourdissements, un malaise, une perte de connaissance
- une urticaire généralisée avec démangeaisons
- une coloration bleutée de la peau, ou une pâleur
Deux situations valent l’urgence même sans ces signes. Une piqûre dans la bouche ou dans la gorge, parce que l’œdème peut fermer les voies aériennes. Et les piqûres multiples : au-delà d’une vingtaine chez l’adulte, mais dès quatre ou cinq chez un enfant, on parle de risque toxique et cela relève du médical.
Le chiffre qui devrait faire réfléchir tout le monde : parmi les personnes décédées d’une réaction à une piqûre, la moitié n’avait aucun antécédent connu de réaction générale. Ne jamais se rassurer sur le fait de n’avoir jamais réagi. En France, on compte environ quatorze décès par an liés aux hyménoptères, avec 81 % des cas entre juin et septembre.
Si vous avez un stylo d’adrénaline, injectez-le dans la face antérolatérale de la cuisse, au travers des vêtements si besoin, puis appelez les secours dans tous les cas, y compris si tout va mieux. Une réaction en deux temps est possible, et la surveillance médicale recommandée après un épisode d’anaphylaxie est d’au moins six heures.
Retirer le dard : vite, la méthode compte peu
Voilà un point où la croyance générale est à corriger. La recommandation officielle française est de retirer le dard par grattage avec l’ongle ou le bord non tranchant d’un couteau, et de ne pas utiliser de pince à épiler, dont la pression risque de vider la glande à venin dans la plaie.
Mais les mesures expérimentales déplacent la priorité : au moins 90 % du contenu du sac à venin est injecté en 20 secondes, et la totalité en une minute. Une comparaison entre grattage et pincement après deux secondes n’a trouvé aucune différence de réaction. Autrement dit, le facteur qui compte est la vitesse, pas l’outil. Ne perdez pas trente secondes à chercher une carte bancaire dans votre sac.
Ensuite : eau et savon, puis du froid, de la glace enveloppée dans un tissu fin, sans dépasser quinze à vingt minutes. Le paracétamol si ça fait mal. Sur les pompes à venin, nous n’avons trouvé aucune source d’autorité qui les recommande dans cette indication, et la seule mesure disponible, sur un modèle de morsure de serpent, retrouvait 0,04 % du venin aspiré. Le temps de sortir l’appareil, l’injection est terminée.
Comment se prend la souche
Aucune posologie ne pouvant être attribuée réglementairement à un médicament enregistré sans indication, le rythme se décide avec votre médecin ou avec nous, selon le tableau et son intensité. En pratique de comptoir, les dilutions basses servent les manifestations locales aiguës et les dilutions plus hautes les tableaux qui se répètent.
Les granules se laissent fondre sous la langue, en dehors des repas, et à distance des produits très mentholés. Attention aux excipients si vous êtes concerné : les granules contiennent du saccharose et du lactose, ce qui les déconseille en cas d’intolérance au fructose, de malabsorption du glucose-galactose ou de déficit en sucrase-isomaltase.
Sur le risque allergique de la souche elle-même, soyons factuels : nous n’avons trouvé aucun cas publié de réaction allergique attribuée à une souche homéopathique d’Apis, à quelque dilution que ce soit. Le seul cas d’anaphylaxie décrit après un produit homéopathique concernait une injection sous-cutanée d’une dilution très basse, une voie et une concentration qui ne correspondent pas à ce qui se vend en France.
Nos formes disponibles en officine, ainsi que les autres souches du même registre, se trouvent au rayon piqûres d’insectes, et le tableau de l’œdème est détaillé sur œdème et inflammation.
Les questions qu’on nous pose souvent
Apis mellifica contient-il vraiment du venin d’abeille ?
La souche est préparée à partir de l’abeille entière, venin compris, puis diluée. Le plafond réglementaire impose au minimum une partie pour 10 000 de teinture mère, ce qui correspond à la 2 CH, la dilution la plus basse commercialisée en France. Les dilutions courantes sont bien plus élevées.
Peut-on le donner à un enfant ou à une femme enceinte ?
Aucune contre-indication liée à la dilution n’est documentée, mais comme aucune posologie officielle n’existe, le cadre se fixe avec un professionnel. Le point concret à surveiller chez le tout-petit est la forme galénique et ses excipients sucrés, ainsi que le risque de fausse route avec les granules avant l’âge de savoir les laisser fondre.
Est-ce que ça remplace un antihistaminique ou de la cortisone ?
Non, et nous ne vous laisserons pas partir avec cette idée. Devant une réaction qui s’étend, une gêne respiratoire ou un œdème du visage, ce sont les traitements allopathiques et l’avis médical qui s’imposent. La souche s’emploie sur les réactions locales limitées, en complément.
Quelle différence avec Apis en teinture mère ou en pommade ?
L’enregistrement français couvre plusieurs formes, dont des pommades. La voie externe se conçoit sur une peau saine et non lésée. Sur une piqûre grattée jusqu’au sang, on s’abstient et on désinfecte.
Pourquoi la boîte ne porte aucune indication ?
Parce que la loi l’interdit pour ce type de médicament. L’étiquetage porte obligatoirement la mention « Médicament homéopathique », le nom de la souche suivi du degré de dilution, le numéro d’enregistrement avec la mention « Enregistrement sans indications thérapeutiques », et un avertissement invitant à consulter si les symptômes persistent. Une boîte sans indication n’est pas une boîte incomplète.
Article rédigé par Hélène Gaillard, pharmacienne à la Pharmacie Homéopathique Centrale. Mise à jour : août 2026. Sources : ANSM et base de données publique des médicaments, article L5121-13 et R5121-146 du code de la santé publique, Pharmacopée française et européenne, ameli.fr, Manuel MSD, Haute Autorité de santé (fiche mémo anaphylaxie), Santé publique France, Journal of Allergy and Clinical Immunology, The Lancet. Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Devant un signe d’allergie générale après une piqûre, appelez le 15.



