Au comptoir, « j'ai des vertiges » veut dire cinq choses différentes. Une tête qui tourne au lever, un voile devant les yeux, une jambe qui se dérobe, un malaise, ou le vrai vertige : la sensation que la pièce bascule alors que vous ne bougez pas. Ce flou coûte cher, parce que les prises en charge n'ont rien à voir entre elles.
Un vertige peut être le premier signe d'un accident vasculaire du cervelet ou du tronc cérébral. Les signaux qui imposent d'appeler le 15, d'après l'Assurance Maladie et le Manuel MSD :
Un point à retenir absolument : une IRM normale faite dans les 48 premières heures n'élimine pas un AVC. Dans l'étude qui a validé l'examen clinique de référence en la matière, l'IRM de diffusion précoce était faussement rassurante dans 12 % des cas, tous réalisés avant 48 heures. Si vous êtes rentré chez vous avec une imagerie propre et que les signes persistent, retournez consulter. N'attendez pas.
La durée de la crise et la présence de signes auditifs suffisent presque toujours à orienter. C'est la question que nous posons en premier.
| Durée d'une crise | Déclencheur | Oreille | |
|---|---|---|---|
| Vertige positionnel | Quelques secondes à quelques minutes | Se retourner dans le lit, lever la tête | Rien |
| Maladie de Ménière | 20 minutes à 12 heures | Spontané | Baisse d'audition, acouphène ou oreille pleine, qui fluctuent |
| Névrite vestibulaire | Plusieurs jours, en continu | Spontané, souvent après un épisode viral | Audition conservée |
Le vertige positionnel est le plus fréquent, avec une prévalence sur la vie entière autour de 2,4 % en population générale. Il est aussi le seul dont le traitement soit franchement efficace, et ce traitement n'est pas un médicament.
La manœuvre d'Epley fait passer la résolution complète du vertige de 21 % à 56 % par rapport à l'absence de traitement, d'après la revue Cochrane consacrée au sujet. Une seule séance fait mieux qu'une semaine d'exercices à domicile. La manœuvre de Semont donne des résultats équivalents. Elle se pratique chez un ORL, un médecin formé ou un kinésithérapeute vestibulaire. Comptez environ un tiers de récidives à distance, ce qui n'enlève rien à son intérêt.
Le Manuel Merck est explicite sur les médicaments dans cette indication : ils ne sont pas recommandés en routine, ils aggravent souvent le déséquilibre, et surtout ils suppriment le nystagmus que le médecin cherche à voir pour poser le diagnostic. Prendre un antivertigineux avant la consultation peut donc empêcher qu'on trouve ce que vous avez.
Nous le disons rarement en ligne, alors autant l'écrire. Sur l'acétylleucine, la Haute Autorité de santé a maintenu un service médical rendu modéré tout en constatant que le laboratoire n'avait fourni aucune nouvelle donnée clinique d'efficacité, et elle qualifie le rapport efficacité / effets indésirables de la forme orale de faible. Sur la bétahistine dans la maladie de Ménière, l'essai le plus solide disponible, mené sur 221 patients pendant neuf mois à deux posologies différentes, n'a trouvé aucune différence avec le placebo.
Le détail le plus instructif de cet essai : le nombre de crises a baissé d'environ un quart par mois dans les trois groupes, placebo compris. La maladie s'améliore d'elle-même sous suivi structuré. C'est cette évolution naturelle, et non la molécule, qui explique l'essentiel du bénéfice ressenti.
Une précaution qui vaut pour toutes ces molécules : au-delà de quelques semaines, un antivertigineux retarde la compensation vestibulaire et augmente le risque de chute, particulièrement après 70 ans. Ce n'est pas un traitement de fond.
L'homéopathie se place ici en complément, sur le vécu de la crise et sur le terrain, jamais à la place du diagnostic ORL.
Certains médicaments donnent des vertiges, d'autres abîment l'oreille interne. Le Manuel Merck classe les aminosides selon leur cible : la streptomycine et la gentamicine touchent surtout l'équilibre, la néomycine et l'amikacine surtout l'audition. Le cisplatine, la vancomycine, le furosémide injectable et les salicylés à forte dose figurent aussi sur la liste. Il existe une prédisposition génétique mitochondriale à cette toxicité, ce qui explique pourquoi deux patients sous le même antibiotique ne réagissent pas pareil.
Plus banalement, les antihypertenseurs, les anxiolytiques, les antidépresseurs et les sédatifs donnent des étourdissements. Apportez votre ordonnance, on regarde.
C'est l'explication la plus donnée et la moins étayée. Une raideur cervicale peut accompagner un vertige sans en être la cause. Attention au raisonnement inverse aussi : avoir de l'hypertension, du diabète ou un antécédent cardiovasculaire n'explique pas un vertige, c'est justement un critère qui doit faire consulter plus vite.
Non. Et si vous prenez un antivertigineux, lisez la notice : la somnolence est fréquente. Faites-vous conduire à la consultation.
Souvent oui, en quelques semaines à quelques mois. La manœuvre libératrice permet simplement de ne pas attendre ce délai, avec un bénéfice mesuré et un risque quasi nul, en dehors de nausées pendant le geste chez une partie des patients.
Non. L'imagerie est indiquée devant un début brutal avec des signes neurologiques, une céphalée inhabituelle, ou des vertiges chroniques évoquant une atteinte centrale. Un vertige positionnel typique se diagnostique à l'examen, sans imagerie.
Page rédigée par l'équipe de pharmaciens de la Pharmacie Homéopathique Centrale. Mise à jour : août 2026. Sources : ameli.fr, Manuel MSD et Manuel Merck professionnel, revues Cochrane, Haute Autorité de santé, essai BEMED (BMJ), critères de la Barany Society. Ces conseils ne remplacent pas une consultation ORL.
Ce site Web stocke des données telles que des cookies pour activer les fonctionnalités du site, y compris l'analyse et la personnalisation. En utilisant ce site internet, vous acceptez automatiquement que nous utilisions des cookies.