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Saignement de nez, épistaxis

Presque 6 personnes sur 10 saignent du nez au moins une fois dans leur vie. Environ 6 % de celles qui saignent consultent, et 0,16 % sont hospitalisées. Autrement dit, la très grande majorité des épisodes se règlent à la maison, à condition de faire le bon geste. Et le bon geste n'est pas celui qu'on vous a appris.

Le geste, dans l'ordre

  1. Asseyez-vous, buste droit.
  2. Penchez la tête en avant, regard vers le sol. Respirez par la bouche.
  3. Pincez la partie molle du nez, juste sous l'os, entre le pouce et l'index, en fermant les deux narines.
  4. Tenez 10 minutes sans relâcher. Pas de coup d'œil à la cinquième minute pour vérifier.

Le point trois est celui que presque tout le monde rate. On comprime la partie cartilagineuse, souple, sous l'arête osseuse. Pincer l'os ne comprime rien du tout, parce que le réseau de vaisseaux qui saigne dans la grande majorité des cas se trouve juste en arrière des narines, en bas et en avant de la cloison.

Le point quatre aussi : relâcher pour regarder remet le compteur à zéro. La société savante d'ORL américaine parle de cinq minutes au minimum, l'Assurance Maladie et la Croix-Rouge française de dix. Retenez dix, c'est le message le plus sûr.

Pourquoi il ne faut pas pencher la tête en arrière

C'est le réflexe transmis de génération en génération, et il est contre-productif. Tête en arrière, le sang ne sort plus par la narine, il coule dans l'arrière-gorge. Vous l'avalez. Le sang irrite l'estomac, il est donc souvent vomi, ce qui transforme un saignement bénin en scène inquiétante et peut faire croire à une hémorragie digestive. Le sang dégluti peut aussi réapparaître plus tard dans les selles, noires et goudronneuses.

Effet secondaire pratique, et pas le moindre : vous ne voyez plus le saignement, donc vous ne savez plus s'il s'est arrêté.

Ce qui ne sert à rien

Le Manuel MSD est direct sur ce point : appliquer de la glace sur le nez, enfoncer du papier absorbant dans les narines et placer la tête dans différentes positions ne sont pas efficaces. Le coton roulé pose un problème supplémentaire, il arrache le caillot en ressortant.

Le chiffre qui devrait rassurer et inquiéter en même temps

Une étude multicentrique a interrogé 597 professionnels de santé sur les gestes de premiers secours devant un saignement de nez. Sur la durée de compression, les pédiatres répondaient correctement dans 47,1 % des cas. Les médecins urgentistes, dans 14,9 % des cas. Sur la position de la tête, les pédiatres atteignaient 79,4 %, et plusieurs autres catégories restaient sous 46 %. Les auteurs concluent à un défaut de connaissance significatif chez les soignants eux-mêmes.

Si vous vous êtes déjà fait dire de basculer la tête en arrière par quelqu'un en blouse, voilà l'explication. Ce n'est pas une raison de douter de la médecine, c'est une raison de retenir les quatre étapes ci-dessus.

Quand appeler le 15

  • un écoulement abondant par les deux narines et dans l'arrière-gorge
  • une pâleur, un malaise, des sueurs, un pouls rapide
  • un saignement qui suit une chute, un accident ou un choc sur le visage
  • un saignement qui ne s'arrête pas après deux compressions correctement faites

On consulte, sans urgence vitale, si les épisodes se répètent. Des saignements de nez à répétition chez un adulte justifient un examen ORL, avec endoscopie nasale pour localiser l'origine. C'est aussi le mode d'entrée de la maladie de Rendu-Osler, dont la fréquence est d'environ une naissance sur 6 000, et qui associe des épistaxis spontanées répétées à de petites dilatations vasculaires visibles sur la peau ou dans la bouche, avec une histoire familiale.

Si vous prenez un anticoagulant ou un antiagrégant

Environ 15 % des patients pris en charge pour épistaxis sont sous anticoagulant au long cours. La recommandation d'ORL est claire sur l'ordre des choses : on applique d'abord les mesures locales, compression puis mèche résorbable, avant même d'envisager de toucher au traitement antithrombotique.

N'arrêtez pas votre traitement de vous-même et ne sautez pas une prise. Le guide de prescription de l'apixaban, diffusé par l'ANSM, le dit sans détour : interrompre l'anticoagulant en raison d'un saignement expose à un risque de thrombose augmenté. La décision revient au prescripteur. Ce que vous pouvez faire, c'est comprimer correctement et consulter.

Non, votre tension n'a probablement pas causé le saignement

La croyance est solidement installée, et les données ne la soutiennent pas. Une revue systématique retrouve bien une tension plus élevée au moment de l'épisode dans la majorité des études, mais ses auteurs concluent que la causalité ne peut pas être établie, en raison du stress de l'épisode et d'un possible effet blouse blanche. Vous saignez, vous avez peur, la tension monte.

Ce qui reste vrai et utile : l'épisode est une bonne occasion de dépister une hypertension méconnue. Reprenez votre tension au calme, quelques jours plus tard, avec un relevé sur trois jours.

Les causes courantes, et les produits qui fragilisent

Chez l'enfant, trois sur quatre font au moins un épisode. Les causes habituelles sont l'inflammation de la muqueuse pendant une rhinopharyngite ou une rhinite allergique, l'air sec, et le grattage. Rien d'inquiétant en soi.

Chez l'adulte, deux produits du rayon nez méritent un mot. Le saignement est un effet indésirable fréquent et attendu des corticoïdes par voie nasale, encore plus dans la polypose : ce n'est pas un signal d'alarme, c'est souvent un problème de technique de pulvérisation, à orienter vers l'extérieur de la narine et non vers la cloison. Les vasoconstricteurs nasaux, eux, ne doivent pas être utilisés de façon prolongée, sous peine de rebond et de rhinite médicamenteuse, avec une muqueuse durablement fragilisée.

Sur l'humidification et les corps gras, soyons honnêtes sur le niveau de preuve. La revue Cochrane consacrée aux épistaxis récidivantes de l'enfant, qui comparait crème antiseptique, vaseline et cautérisation, n'est pas concluante : le seul résultat net est que le nitrate d'argent à 75 % fait mieux et fait moins mal qu'à 95 %. On ne sait donc pas si la vaseline fait mieux que rien. Cela dit, la Haute Autorité de santé retient bien l'humidification pluriquotidienne et les corps gras en pommade dans le protocole de la maladie de Rendu-Osler, où l'épistaxis est le symptôme central. C'est un argument de plausibilité, pas une preuve, et nous vous le présentons comme tel.

Les souches utiles

Pour la muqueuse nasale sèche ou irritée en dehors des épisodes, voir nez et gorge.

Les questions qu'on nous pose souvent

Faut-il se moucher après un saignement ?

Le plus tard possible, et doucement. Se moucher fort décroche le caillot qui vient de se former. Évitez aussi de vous pencher en avant longuement et de porter du lourd dans les heures qui suivent.

Mon enfant saigne souvent du nez, faut-il un bilan ?

Les épisodes liés à l'air sec, aux rhinites et au grattage sont banals à cet âge. Un bilan se discute si les saignements sont fréquents et abondants, s'il y a des bleus faciles ailleurs sur le corps, ou s'il existe une histoire familiale de saignements.

La cautérisation, est-ce douloureux ?

Elle se fait sous anesthésie locale. Sur les données comparatives disponibles chez l'enfant, le nitrate d'argent à 75 % est à la fois plus efficace à deux semaines et nettement moins douloureux que la concentration à 95 %.

Combien de sang perd-on vraiment ?

Beaucoup moins qu'il n'y paraît : quelques millilitres suffisent à tacher un lavabo entier. Ce qui doit inquiéter, ce n'est pas la quantité vue, ce sont les signes de retentissement, pâleur, malaise, pouls rapide.

Page rédigée par l'équipe de pharmaciens de la Pharmacie Homéopathique Centrale. Mise à jour : août 2026. Sources : ameli.fr, Croix-Rouge française, Manuel MSD, American Academy of Otolaryngology (recommandation Nosebleed 2020), Haute Autorité de santé (PNDS Rendu Osler), ANSM, Cochrane, European Archives of Oto-Rhino-Laryngology. Ces conseils ne remplacent pas un avis médical.

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