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Prostate homéopathie

Se lever deux ou trois fois la nuit, un jet qui a perdu sa force, la sensation de ne jamais vider complètement. C'est le tableau de l'adénome de la prostate, très fréquent après 50 ans. Trois choses à savoir avant d'acheter quoi que ce soit : ce qui relève de l'urgence, ce que votre pilulier peut y faire, et ce que valent réellement les plantes du rayon.

L'urgence, et les complications qui s'installent en silence

L'Assurance Maladie le formule sans détour : une impossibilité brutale d'uriner, avec la sensation douloureuse d'avoir la vessie pleine, est une complication à traiter en urgence. C'est la rétention aiguë d'urine, elle ne s'attend pas, elle se décomprime.

Les autres complications s'installent plus discrètement : infections urinaires répétées, calculs de la vessie, et à terme une insuffisance rénale chronique. Le Manuel MSD précise le mécanisme : une obstruction prolongée, même incomplète, peut provoquer une dilatation des reins et compromettre leur fonction. Autrement dit, s'habituer à mal uriner pendant des années n'est pas neutre.

Du sang dans les urines mérite aussi une consultation. Le Manuel MSD en donne l'explication bénigne possible, la congestion des veines superficielles à force de pousser pour uriner, mais un saignement ne s'interprète jamais tout seul.

Ce que dit la HAS sur le PSA, exactement

C'est un sujet où l'on entend beaucoup d'approximations dans les deux sens, alors citons la source. Dans sa recommandation en santé publique validée en juin 2013, la Haute Autorité de santé écrit que la mise en place d'un programme de dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA sérique total « n'est pas recommandée, que ce soit en population générale ou chez les hommes à haut risque ».

L'Assurance Maladie reprend cette position et ajoute deux éléments utiles. Aucune autorité de santé ne recommande le dépistage systématique par PSA. Et surtout : 70 % des élévations du PSA ne correspondent pas à un cancer. Un adénome, une infection ou une prostatite suffisent à faire monter le chiffre.

Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut jamais le doser. Cela veut dire que le dosage relève d'une décision individuelle, prise après information sur les avantages et les inconvénients, avec votre médecin. Ce n'est pas une case à cocher, et ce n'est pas non plus un examen à refuser par principe.

Regardez ce que vous prenez avant d'ajouter quelque chose

Voilà le point de comptoir le plus important, et les deux sources que nous utilisons désignent explicitement les produits de médication familiale comme le principal piège. Le Manuel MSD liste les facteurs qui peuvent déclencher une rétention : le report prolongé de la miction, l'immobilisation, l'exposition au froid, une infection urinaire, et l'usage d'anesthésiques, d'anticholinergiques, de sympathomimétiques, d'opioïdes ou d'alcool.

La conduite recommandée devant une obstruction partielle symptomatique est d'arrêter tous les anticholinergiques et sympathomimétiques, dont beaucoup sont disponibles sans ordonnance, ainsi que les opioïdes. Traduit en rayons de pharmacie :

  • les antihistaminiques sédatifs de première génération, présents dans des sirops contre la toux et des produits pour dormir
  • les médicaments du rhume contenant un vasoconstricteur, par voie orale ou nasale
  • les antispasmodiques atropiniques
  • certains antidépresseurs et neuroleptiques à effet anticholinergique
  • les opioïdes, y compris la codéine des antitussifs et des antalgiques de palier 2

Si vous avez un adénome connu et que vous venez chercher quelque chose pour un rhume ou pour dormir, dites-le nous. C'est exactement la circonstance qui envoie un homme aux urgences un dimanche soir.

Le saw palmetto : un cas d'école à deux faces

Nous allons présenter les deux, parce que l'honnêteté vaut mieux qu'un argumentaire.

D'un côté, le statut réglementaire est le plus élevé du rayon. Le fruit de Serenoa repens dispose de deux statuts au niveau européen. En usage médical bien établi, pour l'extrait hexanique défini, l'indication est « médicament à base de plantes pour le traitement symptomatique de l'hypertrophie bénigne de la prostate ». En usage traditionnel, pour l'extrait éthanolique, elle porte sur « le soulagement des symptômes du bas appareil urinaire liés à l'hypertrophie bénigne de la prostate, après exclusion d'affections graves par un médecin ».

De l'autre, la revue Cochrane la plus récente conclut à l'absence de bénéfice, sur des preuves de certitude élevée. Sur 27 études et 4 656 participants, la différence sur le score symptomatique international est de 0,90 point à court terme et de 0,07 point à un an, alors que le seuil de pertinence clinique communément retenu est de 3 points. Les auteurs écrivent que le Serenoa repens seul apporte peu ou pas de bénéfice. Le Manuel MSD va dans le même sens en notant qu'aucun produit en accès libre, y compris le saw palmetto pourtant très étudié, n'a montré de supériorité sur le placebo.

Notre position : le produit est bien toléré, son statut réglementaire est réel, et certains patients s'en trouvent mieux. Mais nous ne vous dirons pas qu'il traite votre adénome, et il ne doit pas retarder une consultation ni remplacer un traitement prescrit.

Trois signaux de sécurité figurent dans la monographie européenne et méritent d'être connus : quelques cas suspectés d'interaction avec la warfarine, avec augmentation de l'INR ; une élévation peu fréquente des transaminases ou des gamma-GT ; et une gynécomastie réversible peu fréquente. Le texte demande aussi de consulter si de la fièvre, du sang dans les urines, des mictions douloureuses ou une rétention apparaissent sous traitement.

Les autres plantes, et leur libellé exact

  • Écorce de Prunus africana, le pygeum : usage traditionnel uniquement. « Soulagement des symptômes du bas appareil urinaire liés à l'hypertrophie bénigne de la prostate, après exclusion d'affections graves par un médecin. » Réservé à l'homme adulte.
  • Graines de courge, Cucurbita pepo : usage traditionnel uniquement, et c'est la seule des quatre dont l'indication couvre aussi l'hyperactivité vésicale, en plus de l'hypertrophie bénigne de la prostate. Utile à savoir si votre gêne principale est l'urgence mictionnelle plutôt que le jet faible.

Aucune de ces plantes n'est en usage médical bien établi, et toutes les indications sont formulées « après exclusion d'affections graves par un médecin ». Cette clause n'est pas décorative : elle signifie que le diagnostic précède le produit.

Ce que nous avons en homéopathie

  • Sabal serrulata : la souche de référence de l'adénome, sur la miction difficile avec sensation de vidange incomplète.
  • Chimaphila umbellata : la sensation de pesanteur périnéale, avec le besoin de se pencher en avant pour uriner.
  • Thuya occidentalis : en terrain, sur les prostates congestives.

Les mesures qui aident réellement, et qui ne coûtent rien : réduire les boissons après 18 heures pour les levers nocturnes, limiter alcool et caféine qui irritent la vessie, prendre le temps d'uriner sans pousser, et traiter une constipation qui aggrave la compression.

Sur le versant sexuel, qui accompagne souvent ces troubles sans être le même sujet, voir troubles de l'érection.

Les questions qu'on nous pose souvent

Adénome et cancer, est-ce lié ?

Ce sont deux maladies distinctes qui peuvent coexister parce qu'elles touchent le même organe au même âge. L'adénome n'évolue pas en cancer. C'est précisément pour cela qu'un PSA élevé n'a pas de valeur diagnostique à lui seul, sept élévations sur dix ne correspondant pas à un cancer.

Combien de levers nocturnes sont normaux ?

Un lever occasionnel après 60 ans est banal. Ce qui compte, c'est le retentissement sur votre sommeil et sur votre journée, et l'évolution dans le temps. Un homme qui se levait une fois et qui en est à trois en six mois doit consulter, même sans douleur.

Le saw palmetto peut-il fausser mon PSA ?

La question est légitime et se pose surtout pour les inhibiteurs de la 5-alpha réductase prescrits, qui abaissent nettement le PSA. Signalez systématiquement tout complément pour la prostate avant un dosage, afin que votre médecin interprète le résultat en connaissance de cause.

Faut-il boire moins pour se lever moins la nuit ?

Répartir autrement plutôt que réduire globalement : boire normalement dans la journée et alléger en soirée. Réduire l'apport total expose à la constipation et aux infections urinaires, qui aggravent les symptômes.

Page rédigée par l'équipe de pharmaciens de la Pharmacie Homéopathique Centrale. Mise à jour : août 2026. Sources : Haute Autorité de santé (recommandation en santé publique, juin 2013), ameli.fr, Manuel MSD, Agence européenne du médicament (monographies Sabalis serrulatae fructus, Pruni africanae cortex, Cucurbitae semen), revue Cochrane 2023. Ces conseils ne remplacent ni un diagnostic ni un traitement.

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