Origine
Chelidonium majus est la grande chélidoine, Chelidonium majus L., de la famille des Papavéracées - la famille du coquelicot et du pavot. On l’appelle aussi grande éclaire, ou herbe aux verrues : brisez une tige et il en sort un latex jaune orangé que la tradition populaire applique sur les verrues. Les racines, elles, laissent exsuder un latex rougeâtre. La Pharmacopée française note même son odeur, qualifiée de vireuse.
La souche est inscrite sous l’intitulé « Chelidonium majus pour préparations homéopathiques », à partir de la plante entière fleurie fraîche, en teinture mère à l’éthanol à 45 %. Un point technique révélateur : cette teinture mère est titrée en alcaloïdes totaux exprimés en chélidonine, avec un minimum de 0,015 % mais aussi un maximum de 0,050 %. Un plafond réglementaire dans une teinture mère homéopathique est rare - c’est la trace, dans le texte français, d’une préoccupation toxicologique.
Utilisation
1/ Douleur sous l’omoplate droite
Symptômes : C’est le signe qui identifie la souche entre toutes dans le répertoire homéopathique : une douleur nettement située sous l’angle inférieur de l’omoplate droite, souvent associée à une gêne digestive. Cette localisation précise, à droite et en arrière, est le premier critère que l’on cherche.
Posologie : La hauteur de dilution et le rythme des prises relèvent de l’ordonnance ou du conseil de votre pharmacien.
2/ Digestion difficile avec langue chargée
Symptômes : Langue jaunâtre gardant l’empreinte des dents, bouche pâteuse, teint terne, aversion pour les aliments gras, somnolence après le repas. L’ensemble compose le tableau traditionnel dit hépato-biliaire du répertoire.
Posologie : La hauteur de dilution et le rythme des prises relèvent de l’ordonnance ou du conseil de votre pharmacien.
3/ Verrues
Symptômes : Usage populaire ancien du latex frais, qui a donné son surnom à la plante. À noter : en France, la chélidoine est admise comme plante médicinale en usage cutané uniquement, et le latex frais relève de la tradition, pas d’un produit pharmaceutique.
Posologie : La hauteur de dilution et le rythme des prises relèvent de l’ordonnance ou du conseil de votre pharmacien.
Le point de sécurité qu’il faut connaître
Nous préférons le dire clairement, parce que c’est un sujet documenté et qu’il concerne la plante, pas la dilution : la chélidoine par voie orale a un problème d’hépatotoxicité.
En 2011, le comité européen des médicaments à base de plantes a refusé d’établir une monographie pour la chélidoine et publié une déclaration publique. Ses constats : 124 effets indésirables hépato-biliaires enregistrés dans la base de pharmacovigilance de l’Organisation mondiale de la santé, issus de 56 notifications spontanées ; le retrait, dans plusieurs États membres, des autorisations de mise sur le marché des produits apportant plus de 2,5 mg d’alcaloïdes par jour ; et une conclusion sans ambiguïté : le rapport bénéfice-risque de l’usage oral de la chélidoine est considéré comme négatif, d’autant que des plantes plus sûres existent pour la même indication.
En Allemagne, une mesure contraignante en vigueur depuis avril 2008 impose, pour les produits restants, une contre-indication en cas de maladie hépatique actuelle ou passée et de traitement hépatotoxique concomitant, une contre-indication pendant la grossesse et l’allaitement, l’arrêt immédiat au moindre signe d’atteinte du foie, et un contrôle des transaminases au-delà de 4 semaines d’utilisation.
Les hépatites décrites sont typiquement cholestatiques - ictère, démangeaisons, fatigue - apparues après deux mois ou plus d’usage, avec une survenue apparemment indépendante de la dose, et une normalisation en deux à trois mois après l’arrêt. Une réintroduction involontaire a provoqué une rechute.
Deux précisions enfin : la plante fraîche est nettement plus toxique que la plante séchée, la toxicité aiguë étant attribuée au latex, et des intoxications mortelles ont été décrites chez des enfants ayant mangé la plante. Ne laissez pas un enfant y goûter au jardin.
Rien de cela ne s’applique à une dilution homéopathique. Mais si vous prenez de la chélidoine en tisane, en gélules ou en extrait, la question se pose - et elle se pose sérieusement.
Quand consulter
Consultez immédiatement devant un teint ou des yeux jaunes, des urines foncées, des selles décolorées ou des démangeaisons diffuses : ce sont les signes d’une atteinte du foie ou des voies biliaires, et ils ne se surveillent pas à la maison.
Sur le versant digestif, un avis médical s’impose devant une difficulté à avaler, des vomissements répétés ou sanglants, un amaigrissement involontaire, une fièvre persistante avec sueurs et fatigue, ou une anémie découverte à la prise de sang.
En cas de maladie du foie connue, de traitement en cours, de grossesse ou d’allaitement, demandez l’avis d’un professionnel de santé.
Source
Portraits de souche : matière médicale homéopathique classique. Identité botanique : Tela Botanica. Matière première, titrage encadré et statut d’usage cutané : monographie « Grande chélidoine pour préparations homéopathiques », liste des monographies pour préparations homéopathiques et liste A des plantes médicinales, Pharmacopée française, ANSM, janvier 2026. Refus de monographie et pharmacovigilance hépatique : déclaration publique et rapport d’évaluation du comité des médicaments à base de plantes, Agence européenne des médicaments, septembre 2011. Mesure allemande de 2008 : rapport d’évaluation de la même agence. Signes d’alarme : ameli.fr, 2022 et 2026.
Les portraits homéopathiques rapportés ici relèvent de la tradition de cette discipline. Ils ne constituent ni une preuve d’efficacité, ni un avis médical, et ne remplacent pas une consultation.