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Arrêt tabac

La première cause d'échec, c'est le sous-dosage

Nous voyons la même scène chaque semaine. Quelqu'un revient au bout de dix jours, découragé, persuadé que les patchs ne marchent pas sur lui. Dans la grande majorité des cas, la dose était trop faible.

Le repère de départ est simple : une cigarette apporte environ 1 mg de nicotine réellement absorbée. Vingt cigarettes par jour appellent donc un patch autour de 21 mg par 24 heures, pas un patch de 14 mg parce qu'il paraissait plus raisonnable.

Le signe qui doit alerter dans les premiers jours : si les envies restent fortes, si vous êtes irritable, si vous dormez mal, la dose est insuffisante. À l'inverse, nausées, palpitations et maux de tête signalent un surdosage. Ces deux situations s'ajustent en quelques jours, et c'est précisément ce que nous faisons au comptoir.

Le patch seul ne suffit presque jamais

Voici l'autre point décisif. Le patch délivre une dose de fond, régulière, qui couvre le manque permanent. Il ne fait rien contre l'envie brutale qui arrive après le café, dans la voiture ou devant un moment de tension.

Pour ces pics-là, il faut une forme orale d'action rapide : gomme, pastille, comprimé sublingual ou spray buccal. Associer les deux formes augmente nettement les chances de réussite par rapport au patch seul. C'est le schéma recommandé, et il est encore trop souvent réduit à moitié.

Deux détails d'utilisation qui changent l'efficacité des formes orales : la nicotine passe par la muqueuse de la bouche, pas par l'estomac. Une gomme s'utilise donc en mâchant lentement puis en la laissant reposer contre la joue, en alternance. Et rien de café ni de boisson acide dans les quinze minutes qui précèdent, cela bloque l'absorption.

Un point que personne ne vous dira

Arrêter de fumer modifie l'effet de certains médicaments. Et ce n'est pas à cause de la nicotine.

Ce sont les hydrocarbures aromatiques polycycliques de la fumée qui accélèrent le travail d'une enzyme du foie, le cytochrome CYP1A2. Tant que vous fumez, cette enzyme tourne vite et dégrade rapidement plusieurs médicaments. À l'arrêt, elle ralentit en quelques jours, et les concentrations sanguines de ces médicaments montent, parfois de façon considérable.

Sont notamment concernées la théophylline, l'olanzapine, la clozapine, ainsi que la caféine, dont vous ressentirez l'effet plus fort à dose égale. Si vous prenez l'un de ces traitements, signalez votre arrêt à votre médecin avant de commencer, une adaptation de dose est souvent nécessaire. Le patch de nicotine, lui, n'a rien à voir dans l'histoire.

Ce qui vous attend, semaine par semaine

PériodeCe qui se passe
24 à 72 heuresLe pic du manque. Irritabilité, envies fortes et brèves, sommeil perturbé. C'est le moment le plus dur et il est court.
Première semaineToux qui peut augmenter : les cils bronchiques se remettent au travail et évacuent. C'est un bon signe, mal interprété.
2 à 4 semainesLes envies s'espacent nettement. Le goût et l'odorat reviennent.
1 à 3 moisSouffle amélioré, meilleure endurance. Vigilance sur les situations à risque.
1 anLe risque de maladie coronarienne est réduit d'environ la moitié.

La prise de poids, sans faux-semblants

Elle est réelle : quatre à cinq kilos en moyenne, et il serait malhonnête de le nier. Deux raisons se cumulent. La nicotine augmente la dépense énergétique d'environ deux cents calories par jour, cet effet disparaît. Et le goût revient, ce qui rend simplement la nourriture plus attirante.

Notre position est nette : ne menez pas les deux combats en même temps. Arrêtez d'abord, stabilisez trois mois, occupez-vous du poids ensuite. Quatre kilos ne pèsent rien à côté du bénéfice de l'arrêt. Voir perte de poids le moment venu.

Ce que la phytothérapie et l'homéopathie apportent ici

Elles n'agissent pas sur la dépendance physique à la nicotine, et nous ne le présenterons jamais autrement. Leur place est sur l'accompagnement : la nervosité, le sommeil, l'irritabilité des premières semaines.

Tabacum 9 CH sur le dégoût et les nausées des premiers jours. Nux vomica 9 CH sur l'irritabilité et le terrain de l'excès. Gelsemium 9 CH sur l'appréhension avant le jour J. Caladium seguinum 9 CH, traditionnellement proposé pour émousser l'envie. Côté plantes, valériane, passiflore et mélisse aident sur le versant nerveux. Voir stress et anxiété et sommeil.

Les repères pratiques

  • Les substituts nicotiniques sont pris en charge par l'Assurance Maladie lorsqu'ils sont prescrits. Demandez une ordonnance, cela représente une vraie différence sur trois mois de traitement.
  • Comptez trois mois minimum de substitution, souvent six. Un arrêt trop précoce des substituts est la deuxième cause de rechute.
  • Ne fumez pas avec le patch au début : mieux vaut ajuster la dose que superposer.
  • Tabac Info Service, 39 89, met en relation avec un tabacologue gratuitement.
  • Une cigarette n'est pas une rechute, sauf si vous décidez que c'en est une. Reprenez le lendemain.

Quand demander un avis

SituationCe qu'il faut faire
Grossesse ou allaitementAccompagnement médical, les substituts sont possibles mais encadrés
Traitement par théophylline, olanzapine, clozapineAvis médical avant l'arrêt, adaptation des doses
Infarctus ou accident vasculaire récentAvis médical avant de commencer les substituts
Antécédent de dépression ou traitement en coursAccompagnement rapproché, l'arrêt peut fragiliser l'humeur
Toux qui persiste au-delà de trois semaines, voix enrouéeConsultation, voir toux
Essoufflement à l'effort chez un fumeur de longue dateConsultation, exploration respiratoire

L'arrêt du tabac est le geste unique le plus efficace sur la santé cardiovasculaire. Voir aussi fonction cardiaque et défenses immunitaires.

Les questions qu'on nous pose souvent

Peut-on cumuler patch et gommes ?

Non seulement on peut, mais c'est le schéma recommandé chez les fumeurs dépendants. Le patch couvre le fond, la forme orale couvre les envies. C'est cette association qui donne les meilleurs résultats.

La cigarette électronique est-elle une bonne solution ?

Elle aide un certain nombre de personnes à sortir du tabac fumé, et le tabac fumé reste de très loin le plus nocif. Cela dit, elle n'est pas un produit de santé encadré comme les substituts, et l'objectif reste de sortir aussi de la nicotine à terme. Parlez-en avec un tabacologue plutôt que de choisir seul.

Combien de temps durent les envies ?

Chaque envie dure deux à trois minutes, rarement plus. Ce point rassure beaucoup de gens : il ne s'agit pas de résister des heures, mais de laisser passer quelques minutes. Boire un verre d'eau, sortir marcher, appeler quelqu'un. Leur fréquence chute nettement après deux à trois semaines.

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